Qui est Jules-Armand Aniambossou, l’ambassadeur du Bénin en France ?

Jules-Armand Aniambossou est ambassadeur en France. © Vincent Fournier/J.A.

Pour l'ambassadeur Jules-Armand Aniambossou, la France est comme une seconde patrie. Ingénieur et ancien élève de l'ENA, il connaît toutes les arcanes de l'administration et des milieux d'affaires de l'Hexagone.

Ingénieur, énarque "promotion Senghor" (nom de baptême dont il n’est pas peu fier de revendiquer la paternité) et ancien haut fonctionnaire de l’administration française, Jules-Armand Aniambossou est un ambassadeur atypique. Son poste à Paris, qu’il occupe depuis juillet 2013, lui va comme un gant. Distingué, toujours tiré à quatre épingles, le quinquagénaire connaît parfaitement les rouages de l’État français et de ses services déconcentrés, tout comme les tropismes des décideurs économiques de l’Hexagone.

Originaire du sud du Bénin, diplômé de l’École des mines de Douai (nord de la France) et de l’École normale d’administration (ENA) française, le Franco-Béninois reçoit sa première affectation en 2004 à la préfecture du Nord, à Lille. "Je devais notamment m’occuper du droit des étrangers, raconte-t-il. J’ai été confronté à la misère humaine, aux injustices, et j’ai été sidéré de voir comment certaines personnes pouvaient en profiter." Deux ans plus tard, il est nommé sous-préfet de la Marne et directeur de cabinet du préfet de la région Champagne-Ardenne (Nord-Est).

En 2007, Jules-Armand Aniambossou quitte le corps préfectoral et la province pour rejoindre l’opérateur privé d’électricité Poweo Direct énergie, en tant que secrétaire général. Il y passe "quatre années exceptionnelles" pendant lesquelles il se lie d’amitié avec le fondateur du groupe, l’entrepreneur et homme politique français Charles Beigbeder. Et c’est après un bref passage chez Eole-Res (groupe franco-britannique spécialisé dans les énergies renouvelables) qu’il est nommé, fin 2012, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Bénin auprès de la France par le président Thomas Boni Yayi, pour lequel il rédigeait des notes quasi quotidiennement depuis 2007.

Une diplomatie économique concrète

Ses méthodes tranchent avec celles de son prédécesseur Albert Agossou. Rencontre avec les entrepreneurs de la diaspora à Lille, tournée à Lyon pour mobiliser les investisseurs, Table ronde pour le financement du développement du Bénin à Paris… Jules-Armand Aniambossou met sa double culture de la haute fonction publique et du monde industriel au service d’une diplomatie économique concrète.

Fin communicant, le diplomate a par ailleurs accompli un intense travail de lobbying pour expliquer à Paris que le chef de l’État béninois n’entendait pas, avec son projet de révision de la Constitution, briguer un autre mandat en 2016. Dans l’affaire Patrice Talon, il a notamment été chargé d’assurer, pour le compte du Bénin, la facilitation de la médiation menée par Abdou Diouf, l’ex-président sénégalais et, à l’époque, secrétaire général de la Francophonie – médiation à l’issue de laquelle, le 14 mai 2014, Yayi a accordé son pardon à Talon.

L’homme de Boni Yayi à Paris pose régulièrement ses valises à Cotonou. Il est aujourd’hui très présent dans l’entourage du président, qui le sollicite sur des sujets dépassant largement les attributions "classiques" d’un ambassadeur. Jules-Armand Aniambossou s’appuie sur un dense réseau de politiques et d’industriels, plutôt marqués au centre droite, mais a su parfaitement s’accommoder de la présidence socialiste.

 

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© PIERRE VERDY / AFP