Course de vitesse pour les deux et trois étoiles en Afrique

Pour son hôtel d’Abidjan, le groupe Onomo a confié la conception à l’architecte ivoirien Guillaume Koffi. © Olivier/J.A.

Développement économique et croissance démographique dopent la demande pour un hébergement accessible et de qualité dans les métropoles africaines. Sur ce segment, les groupes locaux rivalisent avec les géants internationaux. Objectif : capter une nouvelle clientèle mêlant affaires et loisirs.

Portés par une classe moyenne émergente et un tourisme d’affaires régional dynamique, les segments de l’hôtellerie intermédiaire et économique en Afrique sont désormais dans le viseur des grands groupes hôteliers, qu’ils soient opérateurs, développeurs ou investisseurs.

Il faut dire que, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), les arrivées de touristes internationaux sur le continent devraient grimper à 134 millions en 2030, contre 65 millions en 2013 (+ 106 %), tirées par les visiteurs issus des pays émergents d’Asie, d’Europe de l’Est et d’Europe centrale. Et ce malgré les menaces sanitaires et terroristes. Ainsi, des pays comme le Soudan du Sud, la RD Congo et la Sierra Leone sont désormais sur les écrans radars des investisseurs.

Aujourd’hui, dans chaque métropole africaine, le besoin d’infrastructures hôtelières de milieu de gamme est criant. « En raison du boom démographique, la demande est telle qu’il y aura de la place pour tout le monde », assure Olivier Jacquin, directeur général du groupe hôtelier Mangalis.

Au contraire de l’hôtellerie de luxe, dominée par les marques internationales, des groupes régionaux ou plus modestes se positionnent sur le segment de milieu de gamme. C’est le cas de Mangalis (du magnat sénégalais Yérim Sow), du groupe Onomo, détenu par la famille Ruggieri via le holding Batipart, ou encore d’Azalaï, groupe hôtelier malien dirigé par Mossadeck Bally.

JA2826 HotelsPour ces « challengers », il s’agit d’aller vite pour ne pas laisser trop d’espace aux géants du secteur comme Accor qui, en 2013, annonçait l’ouverture de 24 nouveaux hôtels Ibis en Afrique subsaharienne en plus des huit établissements déjà existants. Pour faire la course en tête, Azalaï cherche à lever près de 100 millions d’euros auprès d’investisseurs privés et institutionnels sous forme d’ouverture du capital (40 millions) et d’emprunt.

De son côté, Mangalis innove avec son concept d’hôtels modulaires, préfabriqués en Espagne puis assemblés sur le continent. Le premier hôtel économique du groupe ouvrira en juillet à Dakar sous la marque Yaas. Cinq autres suivront d’ici à fin 2016. Ce plan de développement, plus ambitieux à l’origine, a dû être revu à la baisse en raison de la crise Ebola, expliquent les promoteurs.

Onomo, lui, privilégie les signatures d’architectes, avec le Français Arnaud Goujon pour les hôtels de Dakar, de Lomé et de Bamako, et l’Ivoirien Guillaume Koffi à Abidjan et à Libreville. Façades extérieures en blocs de terre crue, décoration réalisée par des artistes et décorateurs africains, oasis de verdure intérieurs, espace central façon « place de village », production d’eau chaude par panneaux solaires, système de traitement des eaux usées : l’accent est mis sur l’écologie et la culture. L’ouverture de l’hôtel Onomo de Lomé, cinquième du réseau, est annoncée pour le mois d’avril.

Modernité et sécurité

Pour ces nouveaux venus, il s’agit de se forger une identité singulière, qui saura séduire une nouvelle classe d’hommes et de femmes d’affaires africains, ancrée dans la modernité, rompue aux nouvelles technologies, sensible aux problématiques environnementales et à l’expression de l’héritage culturel africain. En outre, à l’instar des grandes marques, ces groupes investissent beaucoup dans la sécurité.

Toutefois, le modèle économique se cherche encore. Pour minimiser les risques, Onomo entend ainsi diversifier sa présence sur le continent. En outre, le foncier reste une question épineuse.

« C’est une ressource difficile d’accès en Afrique. Pour adapter le modèle, il nous faut acquérir des terrains et réussir à construire en hauteur, tout en préservant la spécificité de nos hôtels », confie Cédric Guilleminot, directeur général d’Onomo. À la fois opérateur et investisseur, le groupe a acquis des terrains ces derniers mois afin de préparer son développement en Guinée, au Togo et en Sierra Leone, « pour quand la situation sanitaire sera stabilisée ».

« Nous prospectons aussi activement à Douala et à Yaoundé ; nous allons lancer des projets à Kigali et à Kampala dans les semaines qui viennent. Nous avons également sécurisé du foncier à Durban. L’objectif est de lancer quatre à cinq hôtels par an. Nous disposons du capital nécessaire pour acquérir les terrains et les murs. C’est un luxe. Peu de groupes hôteliers en Afrique font le choix, aujourd’hui, d’être opérateur-investisseur », indique Julien Ruggieri, président d’Onomo.

>>>> Lire aussi – L’Afrique, nouveau champ de bataille des groupes hôteliers internationaux 

Dynamique

Du côté des grands groupes, c’est l’américain Carlson Rezidor qui se montre le plus dynamique dans l’hôtellerie intermédiaire avec sa marque Park Inn by Radisson, déjà présente en Afrique du Sud, au Mozambique, en Égypte et en Tunisie. Après Le Cap en octobre 2014, Park Inn a ouvert en décembre un établissement de 140 chambres à Libreville, à proximité de l’aéroport international.

D’autres ouvertures sont prévues prochainement : à Abeokuta (Nigeria) et à Kigali au second semestre 2015, à Abuja, Dakar et Nairobi début 2016, et enfin à Polokwane (Afrique du Sud) début 2017. Tous segments confondus, Carlson (dixième groupe hôtelier mondial en nombre de chambres, selon le cabinet de conseil spécialisé MKG Hospitality) aligne actuellement 51 hôtels en activité et en développement sur le continent, soit près de 11 500 chambres.

Chez Starwood, autre géant américain, le segment de milieu de gamme est porté par l’enseigne Four Points by Sheraton. Au Nigeria, dans la ville d’Ikot Ekpene (Sud-Est), un établissement de 146 chambres devrait être réalisé en 2015.

« Le Nigeria demeure un marché important pour Starwood. Il y a des opportunités de croissance importantes sur le segment intermédiaire dans ce pays et ailleurs en Afrique », a indiqué Bart Carnahan, senior vice-président pour les acquisitions et le développement de Starwood, lors de la signature du contrat de cet établissement avec l’État nigérian d’Akwa Ibom, qui sera propriétaire de l’établissement. Déjà bien implanté dans le pays, le groupe prévoit d’y ouvrir quatre hôtels supplémentaires sous la marque Four Points by Sheraton d’ici à 2017.

>>>> Lire aussi – Pour la Banque mondiale, l’Afrique peut rivaliser avec les plus grandes destinations mondiales 

Contrats de management

Également dans la course : le français Louvre Hotels Group, présent avec les marques Golden Tulip et Tulip Inn. Ces hôtels sont développés sous contrats de management avec des investisseurs locaux, notamment au Maroc, en Algérie, en Tunisie, au Sénégal, en Tanzanie, au Ghana, au Nigeria et à Madagascar.

Il y a peu, Louvre Hôtels affichait son ambition de doubler sa présence en Afrique au cours des cinq prochaines années. Des ouvertures sont annoncées en Éthiopie et au Rwanda. Dans les prochains mois, le chantier d’un nouvel établissement (pour un investissement de 19 millions d’euros apporté par le partenaire) devrait être lancé en Côte d’Ivoire, en partenariat avec la société Archibo Design.

Reste à voir si le rachat du groupe, en cours de finalisation, par Jin Jiang, le leader du tourisme et du voyage en Chine, pour un montant de 1,2 milliard d’euros, ne viendra pas remettre en question la priorité donnée au continent.

Ouvrir les frontières pour les touristes africains

Pour promouvoir le tourisme en Afrique, outre le développement des infrastructures, il convient de lever les restrictions sur les voyages et les visas. « Si la majorité des Nord-Américains et des Européens peuvent voyager librement sur le continent, deux tiers des pays africains demandent des visas pour les Africains voyageant en dehors de leur terre natale », pointe Charles Leyeka Lufumpa, directeur statistiques pour la Banque africaine de développement (BAD), dans l’avant-propos du second numéro du rapport « Africa Tourism Monitor », initiative conjointe de la BAD, d’Africa Travel Association et d’Africa House.

« Une meilleure coopération transfrontalière entre les États est nécessaire. Le lancement d’un visa touristique unique en 2014 entre le Rwanda, le Kenya et l’Ouganda est un pas dans la bonne direction », souligne le responsable de la BAD. La Tanzanie et le Burundi ont d’ores et déjà indiqué vouloir rejoindre ce système de visa touristique unique.

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici