Face à la chute des prix, plus une once de rentabilité pour les miniers

Par Jeune Afrique

Les phosphates (ici à Laayoune, au Maroc) et le diamant font exception. Ils n'ont pas souffert en 2014. © Vincent Fournier / J.A

Confrontés à une baisse continue des cours depuis 2013, les producteurs africains d'or, de platine et de fer voient leurs comptes virer au rouge.

Les faibles niveaux de prix d’un certain nombre de matières premières, observés en 2014, ont plombé les performances des principales sociétés minières, une tendance qui devrait se poursuivre cette année. C’est ce qui ressort de l’enquête publiée récemment par The Africa Report dans son classement des 500 premières entreprises du continent. Ces groupes ont vu leur chiffre d’affaires en 2013 reculer d’environ 6,2 % par rapport à 2013 pour s’établir à 58,1 milliards de dollars (47,8 milliards d’euros). Le ralentissement économique de la Chine et l’envolée du dollar – la devise d’échange des principales matières premières a vu sa valeur croître par rapport aux principales monnaies internationales sur la deuxième moitié de l’année écoulée – ont pénalisé le prix de la plupart des minéraux.

Céder

Le 18 mars, l’once d’or s’échangeait à 1 173 dollars, contre 1 600 dollars en janvier 2013, mettant à mal les comptes des principales compagnies du secteur. AngloGold Ashanti, l’une des plus importantes d’entre elles, travaille actuellement à l’élaboration d’un plan devant lui permettre de réduire sa dette, qui s’élevait à 3 milliards de dollars en septembre. Suite au refus des actionnaires de scinder le groupe en deux sociétés, les dirigeants d’AngloGold Ashanti envisagent de céder certains actifs moins rentables comme la mine d’Obuasi au Ghana. L’objectif de Srinivasan Venkatakrishnan, le directeur général, est de réduire la dette du groupe de 1 milliard de dollars au cours des trois prochaines années en augmentant la production et en réduisant les coûts de production.

Le chiffre d’affaires des principaux groupes du secteur a reculé de 6,2 % en un an.

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Gold Fields et Harmony Gold, les rivaux sud-africains d’AngloGold, sont en meilleure forme. Le premier a bénéficié de faibles coûts d’exploitation, qui lui permettent d’être rentable même avec une once de métal jaune à 1 050 dollars. Les dirigeants de Gold Fields envisagent même de profiter des difficultés de leurs concurrents pour acquérir une nouvelle mine en 2015.

« En 2014, le cours du fer a dégringolé, affectant profondément Anglo American, Kumba Iron Ore et d’autres, et bien évidemment African Minerals, explique Jeremy Wrathall, responsable du secteur des ressources naturelles chez Investec, le spécialiste des services financiers. Cela a aussi eu un effet important sur tous les soi-disant nouveaux hubs africains de ce minerai – particulièrement la Sierra Leone et la Guinée. Ceux-ci sont en quelque sorte devenus une chimère car tous ces opérateurs produisent à des coûts élevés. » Pour ne rien arranger, l’arrivée sur les marchés internationaux de minerais de fer produits à bas coûts au Brésil et en Australie continue à maintenir les prix bas.

Les prix du fer ont chuté de plus de 40 % en 2014, mettant notamment en difficulté les plus petites sociétés minières qui se sont lancées dans l’exploration et les premières étapes de la production. London Mining, centré essentiellement sur la Sierra Leone, a ainsi été placé en redressement judiciaire en octobre. L’homme d’affaires australo-roumain Frank Timis en a d’ailleurs profité pour reprendre sa mine de Marampa. Pour sa part, Kumba Iron Ore, détenu par Anglo American, a annoncé dès le mois de novembre que ses bénéfices annuels allaient baisser d’au moins 3 milliards de rands (environ 220 millions d’euros). Toutefois, ce recul n’a pas retardé ses projets d’expansion.

En 2014, l’industrie du platine a elle été affaiblie par une grève de cinq mois en Afrique du Sud, alors même que le cours de ce minerai, notamment utilisé dans la construction automobile, était en baisse. Celui-ci a perdu 20 % de sa valeur entre mars 2013 et novembre 2014. Une chute telle que l’Afrique du Sud et la Russie, les deux plus grands producteurs mondiaux, veulent organiser cette année une conférence pour réfléchir aux moyens de stabiliser les prix. En attendant, Anglo American Platinum a décidé de se séparer de ses mines les moins rentables et de se concentrer sur celles qui ne nécessitent pas beaucoup d’investissements. Actuellement, l’entreprise essaie de se débarrasser de quatre d’entre elles.

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En flèche

Mais tout porte à croire qu’elle est loin d’être sortie d’affaire. Le 17 mars, le cours du platine a atteint 1 096 dollars l’once, son plus bas niveau depuis 2009. Or, d’après Mark Cutifani, le patron d’Anglo American, les mines de la société sont rentables lorsque le prix atteint 1 500 dollars l’once. « L’industrie du platine est confrontée à de puissants vents contraires, alors qu’une quantité importante de matériaux recyclés débarque sur le marché et que les coûts de l’exploitation minière en Afrique du Sud montent en flèche », affirme Jeremy Wrathall, d’Investec.

L’entreprise britannique Lonmin traverse aussi une période douloureuse. Le groupe a ainsi essuyé une perte avant impôts de 32 millions de dollars au titre de son exercice clos le 30 septembre 2014. Il a donc réduit son budget d’investissement de 150 millions de dollars pour cette année et a annoncé la stagnation de sa production, d’environ 750 000 onces, entre 2014 et 2017.

Et dans le cuivre, la situation n’est guère plus brillante. En 2014, l’extraction du diamant a été l’un des rares sous-secteurs à bénéficier de prix plus élevés. De Beers, le leader mondial, a même indiqué qu’il faudrait s’attendre à une hausse du prix du carat puisque aucun gisement majeur n’avait été découvert récemment et que la demande des classes moyennes indienne et chinoise continuait d’augmenter.

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Par Marshall Van Valen, The Africa Report