Attaque au musée du Bardo : la Tunisie sous le choc. Retour sur un carnage

Évacuation des touristes au musée du Bardo, le 18 mars 2015 à Tunis. © Salah Habibi/AFP

Au moins deux hommes armés ont attaqué mercredi des touristes étrangers sur le parking du musée du Bardo, situé au centre de Tunis, à proximité de l'Assemblée nationale. Le bilan officiel provisoire fait état d'au moins 19 personnes tuées et 44 autres blessées. Que s'est-il vraiment passé ?

L’attaque

Après avoir tenté de forcer, en vain, l’entrée de l’hémicycle, au moins deux hommes armés se sont attaqués, mercredi 18 mars, vers 12 heures (locales), à un bus de touristes au parking du musée du Bardo, située à proximité de l’Assemblée nationale, dans le centre de Tunis.

Selon plusieurs témoins, les assaillants ont ensuite pourchassé les touristes à l’intérieur du musée, tirant à bout portant. Un guide touristique qui a survécu à l’attaque, a déclaré à la presse avoir aperçu un "jeune homme de 25 ans, normalement vêtu, sans barbe", armé d’une kalachnikov.

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Au Parlement, la séance du jour qui planchait sur la loi antiterroriste a été immédiatement suspendue et les députés évacués pour des raisons de sécurité. Une fusillade a été engagée entre des forces de sécurité tunisiennes et les assaillants qui ont été neutralisés vers 14 heures 30.

Le bilan

Il est difficile d’avoir, pour l’instant, le nombre exact des victimes de cet "attentat terroriste" comme l’a qualifié le ministère tunisien de l’Intérieur. Dans la soirée du mercredi, le Premier ministre Habid Essid a fait état de 19 morts : 17 touristes et 2 Tunisiens dont un policier et un chauffeur de bus. Quarante-quatre personnes, dont six Tunisiens, ont été blessées, certaines grièvement.

Se basant sur les premiers éléments à sa disposition, Habib Essid a essayé de donner la nationalité de "17 morts parmi les touristes : 4 Italiens, 1 Français, 2 Colombiens, 5 Japonais, 1 Polonais, 1 Australien et une Espagnole". Sans donner d’indication sur la nationalité des deux derniers touristes tués.

Mais quelques heures plus tard, l’Élysée a annoncé la mort de deux Français, précisant que sept autres sont blessés dont un dans un état grave.

De son côté, le gouvernement japonais a également contredit le bilan provisoire officiel. "Pour le moment, nous avons confirmé le décès de trois Japonais ainsi que trois blessés", a déclaré à la presse le Premier ministre nippon, Shinzo Abe, en présentant ses condoléances aux familles des victimes.

"L’information selon laquelle cinq ressortissants japonais étaient décédés est une erreur", a soutenu de son côté le porte-parole du gouvernement japonais.

Les assaillants

Pour l’instant, l’attaque du musée du Bardo, qui a duré environ quatre heures, n’a pas été revendiquée. Deux assaillants ont été abattus et un autre a été arrêté. Une opération des forces de sécurité est également en cours pour rechercher d’éventuels complices, selon les autorités. "Trois complices ont été arrêtés", a annoncé jeudi matin, sur la chaîne d’information française BFM TV, Taïeb Baccouche, ministre tunisien des Affaires étrangères

Ces derniers mois, des islamistes armés ont multiplié les menaces contre la Tunisie et l’une de ses premières sources de devises, le tourisme.

Des militants se réclamant d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ou du groupe État islamique (EI) sont depuis la révolution de 2011, qui a donné le coup d’envoi du "Printemps arabe", retranchés dans des maquis situés dans les massifs montagneux proches de la frontière algérienne. Malgré plusieurs offensives d’envergure, l’armée tunisienne n’est jamais parvenue à les en déloger.

La détérioration de la situation dans la Libye voisine, où l’État central a disparu au profit de milices qui se disputent le pouvoir, certaines ouvertement ralliées à l’EI, pèse également sur la situation sécuritaire en Tunisie, d’autant que la longue frontière entre les deux pays est virtuellement impossible à contrôler. Dans des régions où la contrebande est souvent la seule source de revenus, une fermeture de la frontière est inenvisageable, notamment parce qu’elle pourrait provoquer des soulèvements locaux.

"Le terreau qui favorise le terrorisme, c’est l’instabilité, l’absence d’État en Libye (…) Tant que la situation est ce qu’elle est, nous sommes tous menacés", a affirmé mercredi le chef de la diplomatie tunisienne, Taïeb Baccouche.