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Jean Kacou Diagou : « On ne peut pas parler de développement sans écouter les entreprises »

Si nous réussissons le pari de faire de la sous-région un seul pays, nous serons la quatrième ou la cinquième puissance économique du monde. © Vincent Fournier/JA

Réélu à la tête de la Fédération des organisations patronales de l'Afrique de l'Ouest (Fopao), Jean Kacou Diagou insiste sur l'importance de donner la parole au secteur privé et de favoriser l'intégration régionale. À tous les niveaux.

Jean Kacou Diagou, patron du groupe NSIA, a été réélu le 9 janvier dernier à Lomé (Togo) président de la Fédération des organisations patronales de l’Afrique de l’Ouest.

Jeune Afrique : quel bilan pouvez-vous tirer de votre premier mandat ?

Jean Kacou Diagou : C’est en octobre 2010 que j’ai été porté à la tête de la Fopao à Abidjan. En arrivant à la tête de cette organisation, je savais qu’il y avait un défi à relever, celui de repositionner la Fopao au niveau de la sous-région pour une plus grande visibilité des organisations patronales auprès de la Cedeao et de l’Uemoa, parce que nous nous sommes rendus compte que les réformes qui sont faites ne tiennent pas compte des organisations patronales, parce que nous n’en avions pas de crédibles. Mon premier mandat a été un mandat de positionnement, de remise à niveau des organisations patronales. Quelques-unes d’entre elles étaient bien loties, bien dotées en ressources humaines, pouvaient analyser les dossiers, faire des propositions à leurs gouvernements ou aux partenaires sociaux. D’autres, en revanche, n’avaient que deux ou trois employés et ne pouvaient donc pas étudier les dossiers comme il le fallait pour formuler une opinion des entreprises auprès des partenaires gouvernementaux et sociaux.

Pendant ces deux ans, nous avons travaillé à la remise à niveau de nos organisations membres et, en même temps, nous avons travaillé à la visibilité de la Fopao. Auparavant, des textes réglementaires étaient conçus sans aucune consultation des entreprises. Parfois, nous étions surpris de l’élaboration de certains textes qui ne correspondaient pas à notre façon de voir les choses. Aujourd’hui, nous pouvons considérer que nous avons réussi sur ce plan. L’environnement du monde des affaires ne peut plus être discuté sans nous.

Ne pensez-vous pas que le maigre bilan de ce premier mandat conforte la position des gens qui pensent que la Fopao est un club de puissants patrons et amis ? Quelles seront les priorités de votre second mandat ?

C’est par nos impôts que nous rendons nos États forts ou faibles.

Nous poursuivrons nos actions de lobbying auprès de l’Uemoa et de la Cedeao pour leur demander de concrétiser leurs promesses en nous octroyant un siège d’observateur parce que nous avons des choses à dire. Nous estimons qu’on ne peut pas parler de l’environnement du monde des affaires, du secteur privé, du développement de la sous-région sans écouter les entreprises, sans connaître leurs besoins et leurs soucis. Si nous parvenons à réaliser ce plan, la Fopao sera l’interlocuteur privilégié et unique des organisations sous-régionales.

Ce sont les entreprises qui créent de la richesse dans nos États. C’est par nos impôts que nous rendons nos États forts ou faibles. Nous considérons que nous devrons être co-gestionnaires de nos économies. Nous sommes convaincus qu’avec un peu d’intelligence, notre sous-région est capable d’être le moteur de la croissance de toute l’Afrique. Elle est dotée de toutes sortes de climats et d’un sous-sol très d’une grande richesse, sans compter la qualification des ressources humaines et les nombreux entrepreneurs ambitieux. Si nous parvenons à réussir une vraie intégration en favorisant l’émergence de champions sous-régionaux capable de rivaliser avec les groupes internationaux, nous aurons un marché assez vaste pour amener les entreprises au niveau international. C’est cela notre rêve. Pour cela, nous nous sommes dotés d’un plan stratégique.

En quoi consiste ce plan stratégique ?

Nous considérons que cette sous-région ne peut pas se développer de façon éclatée dans chaque pays. Les gouvernants ont pensé à la place des entreprises, sans nous demander notre avis. Nous demandons à nos gouvernants que la Fopao puisse leur apporter une expertise pour faire de la sous-région un espace dynamique sur le plan économique. En dehors du Nigéria, nos marchés sont petits et étroits. Nous devrons nous mettre ensemble et, si nous réussissons le pari de faire de la sous-région un seul pays, nous serons la quatrième ou la cinquième puissance économique du monde. La Fopao est désireuse de préparer ce terrain pour que se développe un foisonnement d’entreprises qui créent le développement et les emplois.

La Fopao est désireuse de préparer ce terrain pour que se développe un foisonnement d’entreprises qui créent le développement et les emplois.

Quel est l’état des relations entre la Fopao et les chambres de commerce et d’industrie ?

Dans les pays anglophones, aucun problème ne se pose entre les chambres de commerce et le patronat, où les deux entités sont confondues. C’est dans les pays francophones qu’on a des difficultés. Les chambres de commerces sont en général des établissements parapublics vivant des subventions et des taxes de l’État. À ce titre, nous pensons qu’elles ne sont pas assez indépendantes pour parler du secteur privé. Le secteur privé a ses organisations qui sont les associations patronales dans chaque pays.

Donc il faut bien faire la distinction entre l’organisme d’État qui est chargé de faire la promotion du secteur privé et ceux qui en sont l’émanation et qui réfléchissent et défendent ses intérêts. Nous avons commencé à réfléchir pour repositionner les différentes entités. Nous sommes un syndicat d’entreprises. Pour améliorer l’environnement des affaires, il n’y a pas mieux que nous. Que les chambres de commerces dans les pays francophones jouent leur rôle et qu’on laisse le rôle de développement des entreprises à la Fopao.

Selon vous, quelles les actions prioritaires pour parvenir à une vraie intégration dans de meilleurs délais ?

À partir du moment où nous voulons créer un marché unique, une intégration la plus totale du droit des affaires doit être mise en place. Aujourd’hui, nous avons l’Ohada pour les pays francophones. Sur le plan fiscal aussi, il faut une harmonisation au niveau intérieur et extérieur. En fin de compte, il faudra une unification de la politique budgétaire comme cela se fait dans l’union européenne. Surtout, on a besoin d’une monnaie commune pour faciliter les transactions. Il faudra parvenir à l’harmonisation et à l’unification des politiques sociales, fiscales, juridiques…

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