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Areva « cadeaute » le Niger

Areva va compenser financièrement le retard pris dans l'exploitation de la mine d'Imouraren. © Areva

Le groupe nucléaire français Areva s'est engagé à verser 35 millions d'euros au Niger, à titre de "compensation" pour l'année de retard prise dans le chantier de la mine d'uranium géante d'Imouraren.

C’est un procédé un peu particulier, pour ne pas dire opaque, que certaines associations n’hésitent pas à comparer à un « don fort humiliant » : dans les prochaines semaines, la firme française spécialisée dans l’énergie nucléaire, Areva, devrait s’engager à verser une « aide exceptionnelle » de 35 millions d’euros à l’État du Niger. D’un côté comme de l’autre, on affirme que rien n’est signé et que les négociations sont toujours en cours. Mais on admet que ce n’est plus qu’une question de semaines. Et que la somme avancée est la bonne.

Selon Hassoumi Massaoudou, le directeur de cabinet du président nigérien Mahamadou Issoufou (un ancien cadre d’Areva), la firme française, qui exploite trois gisements au Niger, s’est engagée à verser cette « aide » à titre de « compensation » pour l’année de retard prise dans le chantier de la mine d’uranium d’Imouraren. Lorsqu’en 2009, Areva s’était vu accorder le permis d’exploitation de ce gisement très convoité qui contient l’une des plus importantes réserves du monde (180 000 tonnes estimées), il était prévu qu’elle démarre l’exploitation en 2012. Puis, après l’enlèvement d’un de ses salariés (ainsi que de son épouse et de quatre employés d’une filiale, tous français) en septembre 2010, l’échéance avait été repoussée à 2014. Maintenant, on parle de 2015, plus sûrement de 2016, et peut-être même de 2017… Inacceptable pour les autorités nigériennes, qui ont haussé le ton en octobre.

Manque à gagner

Dans l’entourage d’Issoufou, on rappelle que l’ouverture de la mine d’Imouraren est « un projet majeur du président »

« C’est un énorme manque à gagner pour nous », avait alors déclaré le ministre des Mines, Omar Hamidou Tchiana. C’est aussi un gros risque politique. Dans l’entourage d’Issoufou, on rappelle que l’ouverture de la mine d’Imouraren est « un projet majeur du président » et qu’il est hors de question qu’il soit finalisé après l’élection présidentielle prévue en 2015.

Selon M. Massaoudou, c’est pour « prendre en compte ce manque à gagner » qu’Areva « s’est engagé à soutenir l’État du Niger ». Les 35 millions seront versés en trois fois : 16 millions en 2013, 10 millions en 2014 et 9 millions en 2015. « Le paiement devait s’effectuer en 2015, mais nous leur avons dit que nous avons des priorités et qu’il fallait avancer le paiement », indique M. Massaoudou. Ce « cadeau », comme il l’appelle lui-même, fera l’objet d’un protocole d’accord qui prévoit, selon un porte-parole d’Areva, d’autres dispositions. Il pourrait être question, notamment, du prix de l’uranium, de la réhabilitation d’infrastructures routières et de la construction d’un siège à Niamey.

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Revendications

Le pouvoir nigérien s’engagera-t-il en contrepartie à baisser d’un ton et à taire ses revendications ? Oui, accuse L’observatoire du nucléaire, une association française antinucléaire qui a révélé le contenu des négociations qui se sont tenues le 9 novembre à Paris entre les deux parties, et qui compare ce « don fort humiliant » à « une manœuvre de corruption ». Selon cette association, « Areva dicte (…) sa loi aux dirigeants du Niger ».

Non, si l’on s’en tient aux déclarations de M. Massaoudou, qui a rappelé récemment que « toutes les conventions minières, dont celle d’Imouraren », seront « renégociées en 2013 », et que des « négociations politiques sur la question de l’uranium » seront entamées avec Paris. En octobre, M. Tchiana avait, en des termes peu diplomatiques, rappelé la volonté de son gouvernement de « rentrer dans une dynamique gagnant-gagnant ». « On ne peut plus laisser exploiter notre sous-sol sans qu’il y ait des retombées pour le peuple », avait-il ajouté.

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