Meurtres d’albinos en Tanzanie : plus de 200 « sorciers » arrêtés depuis la mi-janvier

Deux adolescents, dont un albinos, à Dar es Salaam, en Tanzanie, le 30 octobre 2010. © Yasuyoshi Chiba/AFP

Plus de 200 sorciers ont été arrêtés en Tanzanie depuis la mi-janvier dans le cadre d’une vaste opération policière visant à mettre fin aux mutilations et meurtres des albinos, victimes de croyances leur attribuant des pouvoirs magiques. Selon les Nations unies, les élections prévues en octobre dans ce pays auraient contribué à augmenter le nombre d'attaques contre eux.

Ce sont 225 guérisseurs traditionnels et sorciers qui ont été appréhendés par la police depuis 2 mois dans plusieurs régions du nord de la Tanzanie, a indiqué le porte-parole Advera Bulimba. "Certaines personnes arrêtées étaient en possession d’articles tels que des peaux de lézard ou de lion, des dents de phacochère, des œufs d’autruche, des queues de singe ou d’âne et des pattes d’oiseaux", a-t-il précisé. Jusqu’à maintenant, ces arrestations ont permis de traduire 97 personnes devant la justice.

Depuis 2013, le nombre d’attaques d’albinos a grimpé en flèche. Selon l’ONU, ce phénomène peut être attribuable à l’approche des élections prévues en octobre en Tanzanie, en raison de candidats désirant s’attirer la victoire avec la magie. Les organes des albinos sont utilisés lors des rituels de sorcellerie et sont vendus à plus de 400 dollars aux sorciers ou prétendus guérisseurs.

Or pour protéger les albinos, la Tanzanie a officiellement interdit les activités de sorcellerie. Selon le gouvernement, "ces prétendus sorciers ont une part de responsabilité dans les agressions contre les albinos", avait alors déclaré le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Isaac Nantanga.

Un bébé de 18 mois amputé de ses jambes et de ses bras

Cependant, cette nouvelle législation n’a pas permis d’empêcher la poursuite de ces pratiques, très ancrées dans les traditions. Au début du mois de mars, des hommes armés ont coupé la main d’un enfant albinos de six ans après l’avoir agressé. Mi-février, un bébé de 18 mois a été enlevé avant d’être retrouvé, amputé de ses jambes et de ses bras. Fin décembre, une fillette albinos de quatre ans a été enlevée et n’a toujours pas été retrouvée.

En mars, un tribunal du nord de la Tanzanie a condamné à mort quatre personnes pour le meurtre d’une femme albinos en 2008.

L’albinisme est une absence totale de pigmentation dans la peau, le système pileux et l’iris des yeux, due à des facteurs génétiques. Un Tanzanien sur 1 400 en est atteint. Les attaques à l’encontre des albinos touchent aussi d’autres pays africains comme le Swaziland, le Burundi ou la République démocratique du Congo.

>> Pour aller plus loin : RDC : "Blanc ébène", un reportage-photo pour "rendre aux albinos leur dignité"

(Avec AFP)