Sénégal : le PDS désignera son candidat à la présidentielle le 20 mars

Karim Wade lors du dernier meeting de son père, le 24 février 2012. © Émilie Régnier/J.A.

Initialement annoncée pour le mois d'août, la désignation du candidat du PDS (opposition) à la prochaine présidentielle aura finalement lieu le 20 mars. Trois jours avant le jugement de la CREI contre Karim Wade…

Branle-bas de combat au Parti démocratique sénégalais (PDS). Alors que le principal parti  d’opposition avait annoncé début janvier qu’il désignerait le 8 août, à la faveur d’un congrès, son candidat à la présidentielle, le calendrier vient subitement de s’accélérer. Lors du comité directeur du parti qui s’est tenu jeudi 5 mars dans la soirée, une nouvelle feuille de route a en effet été adoptée.

Présidée par l’ancien ministre Madické Niang, un proche d’Abdoulaye Wade, une commission de neuf membres doit recueillir les candidatures jusqu’au 13 mars. Après quoi le candidat du parti libéral à la présidentielle de 2017 sera désigné par le bureau politique, lequel doit se réunir le 20 mars.

Un candidat prisonnier ?

“Tout membre du PDS détenant sa carte en cours de validité peut se présenter à la candidature, même ceux qui sont en prison”, a précisé le porte-parole du parti, Babacar Gaye, aux journalistes présents. Une allusion évidente à une possible candidature de Karim Wade, incarcéré depuis bientôt deux ans et qui clame depuis plusieurs mois que la procédure pour enrichissement illicite qui le vise a pour but de l’empêcher de défier Macky Sall dans les urnes. 

Difficile de ne pas voir dans ce nouveau calendrier un agenda taillé sur mesure pour le fils de l’ancien président. L’annonce de la désignation d’un candidat présidentiel en août avait en effet été faite à la veille du retrait des avocats de la défense du procès qui se tenait devant la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI). A l’époque, on pouvait croire que les audiences risquaient de s’éterniser encore plusieurs mois. Mais après le boycott du procès par Karim Wade et par l’ensemble des avocats de la défense, à partir du 20 janvier, le processus s’est accéléré. Un mois plus tard, la CREI mettait le jugement en délibéré au 23 mars.

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Une fraction du PDS opposée à une succession dynastique ?

S’il est encore trop tôt pour spéculer sur le nom de l’heureux élu, on ne peut qu’être frappé par la date adoptée pour sa désignation par le bureau politique : le 20 mars, soit trois jours avant le prononcé du jugement de la CREI – dont tout le monde anticipe qu’il condamnera Karim Wade à une peine d’au moins 5 ans de prison. Dans l’hypothèse où ce dernier serait désigné par le PDS, ce n’est donc plus seulement l’ancien ministre du Ciel et de la Terre qui serait condamné et maintenu en détention mais le candidat de l’opposition sénégalaise à la prochaine présidentielle. Un symbole censé affaiblir le président Macky Sall au moment où les médias nationaux et internationaux auront les yeux tournés vers Dakar.

L’affaire, cependant, est encore loin d’être jouée. Plusieurs cadres importants du PDS, comme l’ancien premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye, ne font pas mystère de leur hostilité au principe d’une succession dynastique à la tête du parti. Mais force est de reconnaître que depuis près de trois ans, face à l’adversité judiciaire, le PDS s’est efforcé de faire front commun et de retourner à son profit les procédures engagées dans le cadre de la traque aux biens mal acquis, présentées comme une tentative du régime pour museler son opposition. Dans ce cadre, Karim Wade est considéré par la mouvance libérale comme le principal “prisonnier politique” du pays, supposé menacer la réélection de Macky Sall.

Un scénario qui se trouverait clairement fragilisé si la candidature du fils de l’ancien président n’était pas retenue au sein du parti fondé par son père.