Burkina Faso : « Timbuktu » au Fespaco, retour sur un couac parti de Belgique

Abderrahmane Sissako, lors de la cérémonie des César, le 20 février à Paris. © AFP

Après avoir été un temps menacé de déprogrammation, le film "Timbuktu" d'Abderrahmane Sissako sera bien diffusé au Fespaco le 6 mars. Retour sur une polémique qui a fait tanguer l'ouverture de la 24e édition du plus grand festival de cinéma du continent.

 

Une alerte venue de Belgique

Il faut se rendre à des milliers de kilomètres du Burkina Faso pour comprendre la polémique sur la suspension de Timbuktu du Festival panafricain de cinéma et de télévision de Ouagadougou (Fespaco). Le 22 janvier dernier, soit deux semaines après les attentats contre Charlie Hebdo et un supermarché cacher à Paris, le festival Ramdam "du film qui dérange" est annulé à la hâte à Tournai, en Belgique, en raison de menaces terroristes liées à la programmation du film d’Abderrahmane Sissako. Faisant état d’un "risque particulièrement élevé", la police fédérale fait évacuer la salle en plein après-midi et interrompt le festival pendant 72 heures.

Frédéric Korsaga, l’ambassadeur du Burkina à Bruxelles, alerte alors son gouvernement sur les risques pouvant peser sur le Fespaco en cas de maintien à l’affiche de Timbuktu. Prenant ces conseils au sérieux, les autorités burkinabè et les organisateurs du festival envisagent donc la déprogrammation du film.

Pataquès médiatique

Après l’annonce, la semaine dernière, par Jeune Afrique, que le long-métrage récompensé sept fois aux Césars était retiré du programme officiel, le réalisateur Abderrahmane Sissako a poussé un coup de gueule contre le Fespaco. "C’est céder à la peur, c’est dommage", avait-il lâché sur le plateau du "Grand Journal" de Canal+, provoquant certainement la gêne des responsables du festival.

Deux jours d’incertitudes plus tard, Jean-Claude Dioma, le ministre burkinabè de la Culture, annonce finalement que Timbuktu sera bien diffusé au Fespaco. Souhaitant mettre fin à la polémique et à l’emballement médiatique, il affirme aujourd’hui que le gouvernement "ne censure aucun film" et qu’il a "agit avec prudence et précaution après avoir reçu des informations sur de potentielles menaces sécuritaires". "Lorsque nous avons constaté qu’il n’y avait pas de risques, nous avons décidé de maintenir ce film", conclut-il. Timbuktu doit donc être présenté au public le jeudi 6 mars. D’après nos informations, Abderrahmane Sissako est attendu à Ouagadougou pour l’occasion.

Aucune menace précise

Selon plusieurs sources sécuritaires, il n’y a en effet jamais eu de menace terroriste précise contre le Fespaco ces dernières semaines. "La seule menace est l’environnement régional – Mali, Niger…- du Burkina, explique l’une d’entre elle. Mais elle existait avant et existera toujours après le festival." Comme d’habitude, environ 800 policiers et gendarmes sont affectés à la sécurisation du site accueillant le plus grand festival de cinéma panafricain.

Interrogé ce lundi matin par nos confrères de RFI, le président Michel Kafando a confirmé qu’il n’y avait "pas eu de menaces directes" contre l’évènement mais qu’il avait été "obligé de tenir compte des impératifs sécuritaires pour nous et pour les festivaliers".

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Benjamin Roger 

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