Politique

Algérie : la fatwa, une affaire d’État

Mohamed Aïssa, le ministre algérien des Affaires religieuses. © Louiza Ammi pour JA

L'institution nationale chargée d'édicter les décrets religieux en Algérie est désormais la seule habilitée à statuer sur les questions de société. Ses premières décisions ? Le crédit logement et le don d'organes.

Décidément, Mohamed Aïssa, le ministre algérien des Affaires religieuses, se montre déterminé à faire évoluer la pratique de l’islam dans son pays. À l’instar du Maroc et de son Conseil supérieur des oulémas ou de la Tunisie et de son mufti de la République, les autorités algériennes ont récemment mis sur pied un Conseil scientifique national (CSN), composé d’imams, de théologiens, d’universitaires et de scientifiques représentant les 48 wilayas (départements) du pays, pour légiférer sur les questions de société.

Le 9 février, le CSN a émis trois fatwas (décrets religieux n’ayant pas force de loi) susceptibles de changer la vie des Algériens.

Le premier de ces trois décrets autorise l’acquisition de logements sociaux en "location-vente". Le CSN a en effet jugé que cette formule, qui s’adresse aux personnes à faibles ressources, n’allait pas à l’encontre des préceptes de l’islam. Sage décision, quand des dizaines de milliers de futurs acquéreurs se retrouvent désemparés face aux mises en garde des charlatans du Coran qui répètent que l’islam interdit le crédit avec intérêt.

La deuxième fatwa, attendue notamment par quelque 20 000 insuffisants rénaux, concerne les transplantations d’organes. Ces greffes sont désormais autorisées "lorsqu’une personne, de son vivant, fait don d’un organe à une personne malade"… mais restent limitées. Les dons d’organes vitaux, comme le coeur, sont par exemple prohibés.

Enfin, le CSN a interdit le don de sperme et d’ovules, dans le souci, argue-t-il, de protéger la filiation.

Multiplication de décrets contradictoires

La création du CSN pour unifier les avis religieux devenait une urgence face à la multiplication des décrets contradictoires émis par des imams salafistes, prédicateurs et autres prêcheurs du vendredi dans les mosquées, sur des chaînes privées et via les réseaux sociaux. "Cette instance sera le seul espace officiel consacré aux discussions sur la fatwa", a précisé Mohamed Aïssa.

Pour conférer davantage de crédibilité à l’institution, ses membres seront assistés par des imams de la mosquée d’Al-Azhar, au Caire. Qui mieux que la plus haute autorité de l’islam sunnite pour légitimer les fatwas d’Alger ? 

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