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Algérie : l’avenir est dans le pré

Les exploitations se mécanisent peu à peu ( ici à Djelfa). © Omar Sefouane/elphotographe.com

Pour réduire ses importations, Alger encourage la population à travailler la terre. Désenclavement, irrigation, subventions... Rien n'est oublié pour dynamiser le secteur agricole.

Retrouver l’esprit pionnier. C’est le voeu du ministre de l’Agriculture, Rachid Benaïssa, qui a exhorté en décembre 2012 les exploitants du pays à dynamiser leur production et à faire des émules chez leurs compatriotes. Ces dernières années, l’État a grandement désenclavé les villages en construisant des routes et en apportant les services de base (électricité, eau potable, téléphone…). Près de 400 000 logements ruraux ont été réalisés et attribués en vue de fixer les populations.

Début février, le ministre s’est même rendu dans le sud-ouest du pays en vue d’accroître le développement rural de cette région : « Les wilayas du Sud [Adrar, Tamanrasset, Tindouf et Béchar, NDLR] sont en mesure de satisfaire les besoins alimentaires des populations locales et de contribuer à l’amélioration d’un tiers de la sécurité alimentaire de tout le pays », a-t-il déclaré. Pour ce faire, une enveloppe complémentaire de 80 milliards de dinars (756 millions d’euros) a été débloquée pour la période 2012-2014 afin d’améliorer le potentiel productif de la région.

Le privé en embuscade

Portés par la dynamisation du secteur agricole, les plus grands groupes algériens investissent dans l’amont. Depuis quelques années, Cevital, premier groupe privé en termes de chiffre d’affaires, a acquis, via sa filiale Ceviagro, plusieurs concessions agricoles dans le nord et le sud du pays et y produit des fraises, des tomates et des agrumes, pour le marché local comme pour l’exportation. De son côté, le groupe Benamor, numéro un dans la production de conserves de tomates et de pâtes alimentaires, développe des projets dans la production de tomates industrielles et de céréales avec des agriculteurs de l’est du pays. De nombreux chefs d’entreprise achètent de petits terrains agricoles dans les Hauts Plateaux et le Grand Sud pour les exploiter et préparer l’après-pétrole. Mais l’État ne cède pas facilement ses terres…

L’agriculture emploie environ 13 millions de personnes dans le pays, ce qui représente 35 % de la population algérienne. Plus de 90 % des terres sont en mode de gestion privée. La réforme de la loi foncière a permis de libérer l’esprit d’initiative et de favoriser le recours aux crédits. Sur 8,5 millions d’hectares de surface agricole utile, 6 millions appartiennent au privé, avec 850 000 exploitations reconnues.

Fort de ses recettes énergétiques, le gouvernement a engagé ces dix dernières années une politique très volontariste pour le développement et la modernisation des fermes. L’objectif est notamment de réduire la dépendance à l’égard des importations et donc de diminuer la facture alimentaire, qui a encore représenté 6,8 milliards d’euros en 2012, après un montant de 7,6 milliards en 2011, d’après les chiffres des douanes. À cela il faut ajouter l’enveloppe consacrée aux subventions des produits (céréales, lait et pain), nécessaires à la paix sociale. Pour 2013, l’État prévoit de dépenser 1,3 milliard d’euros.

Autsuffisance 

Des sommes qui pourraient être économisées si le pays atteignait l’autosuffisance. Il est sur la bonne voie puisque les paysans algériens couvrent aujourd’hui 72 % des besoins alimentaires, alors qu’ils n’en assuraient que 25 % au milieu des années 2000. La production nationale augmente de près de 7 % par an. Depuis l’amnistie accordée aux terroristes islamistes, en 2006, de nombreux fellahs (travailleurs agricoles) ont opéré un retour à la terre, abandonnée durant la décennie 1990. Cette démarche est encouragée par l’État, qui ne lésine pas sur les moyens et accorde notamment des subventions de 30 % à 50 % du prix des machines et des équipements fabriqués totalement ou partiellement en Algérie. Si les exploitations restent encore morcelées, peu mécanisées et avec des taux de rendement assez faibles en comparaison des grandes zones de production (Brésil, Europe, États-Unis), la modernisation est en marche.

Barrages 

En témoigne le lancement, mi-décembre 2012, du premier tracteur de marque américaine Massey Ferguson made in Algeria, construit par l’Entreprise des tracteurs agricoles (Etrag), près de Constantine. Au départ, la capacité productive du site sera de 3 500 tracteurs par an et passera à 5 000 unités dans cinq ans. De plus, chaque foire agricole voit de nouvelles demandes en matériels de culture, de récolte, de stockage, avec des besoins spécifiques pour les secteurs des céréales, des fourrages, des fruits et légumes… Afin de réduire la contrainte des aléas climatiques, les autorités misent aussi sur l’irrigation, les engrais et les semences certifiées. Elles ont engagé un grand programme de construction de barrages qui doit porter leur nombre à 90 en 2020, contre 65 actuellement. Une progression de 50 % des surfaces irriguées est attendue d’ici à 2014.

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Toutefois, le système peut encore être amélioré. « Les aides sont trop ciblées, notamment sur le lait et les céréales, dont les prix sont déjà subventionnés, déplore un consultant. D’autres produits frais et les viandes le sont moins. Elles vont aussi prioritairement aux grands exploitants. » Au niveau de la rentabilité, le système fonctionne à perte. Au fur et à mesure des échéances électorales, les fellahs ne remboursent plus leurs crédits. Près de 32 000 d’entre eux ont vu leur dette effacée lors du troisième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, conformément à l’un de ses engagements de campagne. Une mesure qu’ils comptent bien voir appliquée de nouveau lors de la prochaine présidentielle, en 2014. 

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