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Vanessa Jacquelain : « Les États doivent bien calibrer leurs émissions »

Par Jeune Afrique

Vanessa Jacquelain, économiste à l'AFD. © AFD

Chargée de l'Afrique subsaharienne à l'Agence française de développement (AFD), Vanessa Jacquelain a coécrit un rapport intitulé « Vers un endettement plus soutenable ? ». Sans être alarmiste, elle expose les risques liés aux émissions de dette.

Jeune Afrique : Que pensez-vous du recours de plus en plus fréquent des États d’Afrique francophone aux marchés financiers régionaux ?

Vanessa Jacquelain : Ce type d’opération présente plusieurs avantages. Cela permet de mobiliser rapidement des fonds, d’approfondir les marchés financiers locaux et de constituer des benchmarks [repères, NDLR] qui pourront servir de référence, par exemple aux entreprises ou aux collectivités locales. Le lancement réussi des émissions obligataires [avec des niveaux de souscription très élevés] donne par ailleurs des signaux positifs sur ces économies. À l’inverse, ces opérations présentent aussi des inconvénients, notamment par rapport aux prêts de bailleurs : les maturités sont courtes, il n’y a pas de période de grâce, les taux d’intérêt sont relativement élevés, ce qui représente une charge plus importante pour les finances publiques. D’autre part, les autorités doivent veiller à calibrer ces émissions de manière à ne pas créer d’effet d’éviction sur les marchés locaux, les banques locales préférant acheter des bons du Trésor plutôt que de financer d’autres acteurs de l’économie réelle.

Que dire des financements chinois ?

Ils apportent des volumes importants qui permettent de financer, entre autres, de nombreux projets d’infrastructures. Normalement, la Chine est tenue de respecter, dans les pays soumis au cadre de viabilité de la dette, les conditions de concessionnalité requises. Mais dans la pratique, l’opacité des modes de financement rend parfois difficilement lisibles les conditions réelles des prêts accordés et la charge qu’ils font peser sur les finances publiques des pays concernés.

Quels sont les pays à risque aujourd’hui ?

Afin de prévenir un réendettement excessif des pays à faibles revenus, la communauté des bailleurs a mis en place un cadre de viabilité de la dette destiné à responsabiliser les pays emprunteurs et leurs créanciers et à favoriser une certaine discipline dans le recours à l’endettement souverain. En fonction des projections sur le long terme des ratios d’endettement externe, les États sont classés en trois catégories de risque de surendettement : risque faible, modéré ou élevé. Aujourd’hui, au sud du Sahara, sur 39 pays classés selon cette méthodologie, 13 ont un risque faible, 14 un risque modéré et 12 un risque élevé.

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