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Maroc : où sont les ouvriers ?

Un travailleur de la Sonasid. © DR

Malgré un pacte national initié en 2009, l'industrie marocaine supprime davantage d'emplois qu'elle n'en crée. La baisse de la demande européenne, notamment dans le textile, n'est pas étrangère à ce déclin.

Quatre ans après le lancement du Pacte national pour l’émergence industrielle (PNEI), le bilan est mitigé. Courant de 2009 à 2015, ce vaste programme visant à favoriser le développement d’un secteur industriel compétitif prévoyait, à terme, la création de 220 000 emplois industriels directs. Si le gouvernement s’est félicité, lors des récentes Assises de l’industrie, de la création de 85 000 emplois dans les cinq secteurs industriels prioritaires (l’agroalimentaire, l’aéronautique, l’automobile, l’électronique et le textile), tous ne partagent pas cette euphorie. « Dans le PNEI, l’État ne prend pas en compte certaines productions dans le secteur du textile, comme l’artisanat et l’informel », souligne Ahmed Lahlimi Alami, haut-commissaire au plan.

Les calculs de cet économiste (ayant rang de ministre) et de ses équipes expertes en statistiques aboutissent en effet à des résultats radicalement différents : selon eux, l’industrie, artisanat inclus, aurait en fait supprimé 24 000 emplois par an entre 2009 et 2011 « et 28 000 rien qu’en 2012 », souligne Ahmed Lahlimi Alami, et ce malgré la création de 17 000 postes dans l’industrie extractive. Il précise : « La branche d’activité économique ayant le plus souffert est celle du textile, bonneterie, habillement et cuir. »

Sept nouveaux contrats-programmes

Les troisièmes Assises de l’industrie, sur le thème « Émergence, une dynamique engagée », se sont déroulées à Tanger, le 20 février, en présence du roi Mohammed VI. Sept nouveaux contrats-programmes, allant de 2013 à 2023, ont été signés entre le gouvernement et les opérateurs économiques. Ils portent notamment sur les secteurs chimique et parachimique, pharmaceutique, métallurgique, mécanique et électromécanique. R.B.

Du côté de la Fédération marocaine des industries du cuir (Fédic), dont les membres emploient environ 20 000 personnes, on confirme ce diagnostic : « Le secteur souffre depuis 2009, déplore Mohamed Amaiz, son président. Auparavant, la progression des exportations était à deux chiffres. Depuis 2011, nous sommes passés en négatif, et cela s’est accentué en 2012. » La filière chaussure, qui représente 75 % du secteur cuir, a notamment été très affectée par la chute de la demande de ses principaux clients : l’Espagne, la France et l’Italie. « La baisse de la demande mondiale adressée au Maroc, passée de 5,3 % en 2011 à 2 % en 2012, a affecté le dynamisme de l’économie, y compris dans les industries de transformation des phosphates et les industries électriques et électroniques, explique Ahmed Lahlimi Alami. Il s’agit là d’un effet conjoncturel lié à la récession de la zone euro, principal partenaire commercial de notre pays. »

Cercle vertueux

Pour les pouvoirs publics, la querelle de statistiques intervient au plus mauvais moment. La dynamisation du secteur secondaire, qui représente 14 % du PIB marocain et 11,5 % de la population active (hors BTP) en 2012, est un objectif stratégique. Notamment parce qu’il est potentiellement un important pourvoyeur d’emplois, dans un pays qui en manque. Si les efforts risquent d’être freinés par les médiocres performances économiques de l’Europe, le Haut-Commissariat au plan prévoit une légère croissance de l’industrie cette année et une reprise plus tangible en 2014.

Les implantations de multinationales telles que Bombardier et Renault en 2012 devraient amorcer un cercle vertueux de créations d’emplois pour les prochaines années : les carnets de commandes dans l’aéronautique sont pleins jusqu’en 2016 et la production de l’usine Renault à Tanger atteindra 350 000 véhicules en 2014, contre 170 000 actuellement. Sans parler de la sous-traitance et des pourparlers engagés par le gouvernement pour faire venir un second constructeur automobile au Maroc d’ici à 2017. 

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