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Armateurs : CMA CGM maintient son cap africain

10,6 millions de conteneurs EVP ont été traités par le groupe en 2012. Hélène Moulonguet/Sipa ©

L'année 2013 s'ouvre sous de bons auspices pour l'armateur, qui vient d'achever sa restructuration financière après une période de crise. Plus que jamais, il maintient le cap sur l'Afrique.

Du haut des 140 m de la tour du siège social de CMA CGM, la famille Saadé – Jacques, le père et le fondateur, Rodolphe et Tanya, les enfants, et Farid Salem, le beau-frère – goûte désormais à l’apaisement que leur offre l’incroyable vue sur la rade de Marseille et l’archipel du Frioul. La tour, livrée il y a tout juste trois ans, n’a pourtant jamais été officiellement inaugurée… La crise traversée par le numéro trois mondial du transport maritime en conteneurs (et numéro deux en Afrique), à l’image de l’ensemble d’un secteur plombé par l’acquisition de porte-conteneurs géants, aura longtemps douché toute ambition festive.

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Aujourd’hui, les vents contraires se sont largement assagis. « Un investisseur turc [le groupe Yildirim, NDLR] est arrivé au capital de CMA CGM à hauteur de 20 % début 2011. Depuis, la situation n’a cessé de s’améliorer », précise Rodolphe Saadé, le directeur général délégué, au premier rang dans les longues discussions avec les financiers. « Nous avons finalisé nos négociations avec le Fonds souverain français [le FSI], qui prendra 6 % du capital au milieu de l’année 2013, ainsi que nos accords de restructuration avec nos banques. Le groupe est désormais paré à faire face à toutes les crises et à tous les développements à venir. » Avec un chiffre d’affaires estimé à 12,1 milliards d’euros en 2012 (contre 11,5 milliards en 2011) et 10,6 millions de conteneurs équivalents vingt pieds (EVP) transportés, l’opérateur solde l’année passée sur une note positive.

En Afrique, CMA CGM profite désormais au maximum de l’acquisition, début 2006, auprès du groupe Bolloré, de Delmas (l’armateur spécialisé sur le continent) et de sa connexion de lignes avec celles, internationales, du groupe. « Nous avons réalisé de meilleures performances que le marché, se réjouit un porte-parole de CMA CGM. À l’export, le groupe a réalisé 20 % de croissance dans un marché qui progressait de 5 %. À l’import, + 14 %, contre + 7 % en moyenne pour l’ensemble du marché. » CMA CGM annonce aujourd’hui une part de marché de 28 % à l’export et de 22 % à l’import, le sens qui concentre l’essentiel de l’activité. En 2012, l’armateur a transporté en tout, sur ses vingt liaisons maritimes majeures desservant l’Afrique et ses cinq services feeders (lignes maritimes mineures), 1,259 million de conteneurs EVP, soit près de 12 % de ses volumes à travers le monde.

« Nous avons réalisé de meilleures performances que le marché, avec 20% de croissance à l’export. »
Un porte parole de CMA CGM

Fort de ses 1 100 collaborateurs sur le continent africain, le groupe entend maintenir le cap : poursuite du déploiement du réseau d’agences (58 aujourd’hui) jusque dans l’hinterland, maintien de la coopération privilégiée avec le groupe Bolloré, développement sur la partie terrestre, notamment dans les terminaux portuaires. « Nous attachons une attention très particulière au TC2 d’Abidjan », insiste Rodolphe Saadé. CMA CGM fait en effet partie de l’un des trois groupements sélectionnés à l’issue de l’appel d’offres technique pour la mise en concession du deuxième terminal à conteneurs du port ivoirien.

Les ports secs sont aussi visés par le groupe : il en compte un à Dakar et espère en développer en Angola, au Cameroun et au Ghana. En revanche, le mégaprojet de port en eau profonde de São Tomé, qui tenait tant à coeur aux dirigeants du groupe il y a quelques années et qu’ils considèrent toujours comme l’un des plus intéressants, n’est plus d’actualité. Le coût, estimé à 300 millions d’euros, aura eu la malchance d’être requis au plus mauvais moment sur le marché, en 2009.

Consolidation

Cessions en série

Sous la pression de ses créanciers et de ses nouveaux actionnaires, CMA CGM s’est désengagé depuis deux ans de certaines activités non stratégiques et a cédé des participations. Fin janvier, l’armateur a vendu à China Merchants Holdings (pour 300 millions d’euros) 49 % de sa filiale de gestion portuaire Terminal Link (un réseau de quinze terminaux dans le monde, dont trois en Afrique). Il s’était auparavant défait de sa participation dans La Compagnie du Ponant, un croisiériste de luxe, et de 50 % de Malta Freeport, sa plateforme méditerranéenne. Résultat, CMA CGM a annoncé mi-février avoir achevé sa restructuration financière. Cap désormais sur la Bourse, avec une introduction prévue pour 2014. F.M.

Au niveau international, 2013 s’ouvre plutôt sous de bons auspices : les volumes échangés ont fortement progressé au cours des premières semaines de l’année. Mais l’évolution reste dépendante d’une reprise économique internationale fragile. En novembre 2012, Nils Andersen, dirigeant d’AP Möller, qui détient Maersk, principal concurrent de CMA CGM en Afrique et numéro un mondial du conteneur, a annoncé son intention de se concentrer désormais sur des activités plus rentables que le transport conteneurisé. CMA CGM, qui vient d’acquérir neuf bateaux auprès des chantiers chinois, n’y voit aucun désaveu quant à l’avenir des conteneurs. « Maersk a commandé tous ses navires et a donc raison de vouloir bénéficier de cette nouvelle capacité, souligne Rodolphe Saadé. Nous ne sommes pas dans la même situation car notre carnet de commandes n’est pas aussi important. »

Selon l’armateur, le marché mondial des transporteurs devrait se consolider sous peu, notamment afin de faciliter le financement de l’acquisition de navires. « Des rapprochements auront lieu et il n’y a aucune raison que nous n’y participions pas, même si notre objectif n’est pas d’être numéro un ou numéro deux mondial mais de rester rentable », conclut Rodolphe Saadé.

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