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Cheikh Fall, premier PDG d’Air Afrique

Écrit par Elimane

Air Afrique est morte une seconde fois. Premier PDG de la compagnie panafricaine (1961-1973), le Sénégalais Cheikh Boubacar Fall est mort le 12 novembre, à Dakar. Il avait 83 ans. Tous ceux qui l’ont connu gardent de cet ingénieur diplômé de l’École supérieure d’électricité de Paris (Supelec), le souvenir d’une forte personnalité. Chez lui, la rigueur mathématique n’éclipsait jamais totalement le côté bon vivant, avec ses éclats de rire et ses reparties parfois cinglantes.
Cet ancien élève de math sup au lycée Louis-le-Grand (il avait pour correspondant un certain Léopold Sédar Senghor) pouvait se montrer imprévisible – et prompt à épouser une cause juste. À la tête de l’Association générale des étudiants africains en France, il entre très tôt en contact avec Félix Houphouët-Boigny, le leader du Rassemblement démocratique africain (RDA), pour lui témoigner la solidarité des intellectuels africains face à la répression coloniale en Côte d’Ivoire. De cet épisode naît une solide amitié entre les deux hommes.
À la fin de ses études, Cheikh Fall est invité par le futur chef de l’État ivoirien à s’installer à Abidjan. Le 25 juin 1961, il est nommé à la tête d’Air Afrique. Dans un premier temps, il se tient à l’écart des intrigues et des passions qui entourent la naissance du nouveau pavillon. Et puis, son langage sans fard et ses méthodes peu accommodantes finissent par incommoder nombre de chefs d’État. L’appui d’Houphouët lui est alors précieux.
Le 6 décembre 1972, il annonce son intention de quitter ses fonctions « au plus tard à la fin de l’exercice 1973 ». S’il caresse confusément l’idée d’une carrière politique, il décline l’offre que lui fait le Premier ministre Abdou Diouf, à la demande de Senghor, d’entrer dans le gouvernement sénégalais. Du coup, la rumeur fait de lui un possible candidat à la présidentielle de janvier 1973. Pour Senghor, c’en est trop. En novembre 1972, il fait part à Houphouët de son désir de voir Cheikh Fall, dont le mandat s’achève en mars 1974, relevé de ses fonctions. Les deux hommes abordent à nouveau le sujet en marge du sommet de la CEAO, en avril 1973, et se mettent d’accord sur l’échéance du mois de décembre suivant. Mais Senghor ne peut plus attendre, il veut que Cheikh Fall s’en aille en septembre. Un conseil d’administration est convoqué le 25 juin. S’estimant trompé, Houphouët menace de claquer la porte. Les choses finissent par rentrer dans l’ordre, quatre jours plus tard, à l’issue d’un voyage d’Abdou Diouf à Yamoussoukro. C’est finalement l’Ivoirien Aoussou Koffi qui prendra la tête de la compagnie.

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