Sida : test à grande échelle

Écrit par Juliette

« Personne n’avait osé prendre une telle initiative. Letsie III, roi du Lesotho, a brisé le tabou. Le 1er décembre, le monarque a officiellement lancé une campagne nationale de dépistage du VIH. « Notre précédente stratégie n’était pas la bonne », a-t-il publiquement avoué. Et pour cause, le Lesotho, peuplé de 1,8 million d’habitants, compte 40 % de séropositifs parmi les adultes et affiche une espérance de vie à la naissance de 37 ans.
Face à cette hécatombe, le gouvernement a frappé à toutes les portes : Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose, Plan d’urgence du président George W. Bush (Pepfar), fondations des laboratoires pharmaceutiques. En un an, un programme global de prise en charge a été mis en place. Loin de se limiter à une fourniture gratuite d’antirétroviraux (ARV), les autorités ont également requis de leurs partenaires un soutien en termes de personnel et d’infrastructures. Ainsi, la fondation du laboratoire Bristol-Myers Squibb a-t-elle financé, à hauteur de 2 millions de dollars et en partenariat avec le Baylor College of Medicine, la construction d’un hôpital pédiatrique et la formation de dix médecins associés. Trois mille enfants y seront suivis. La prévention de la transmission materno-foetale, « un échec complet jusqu’à présent », selon le roi Letsie III, y sera également assurée. Quant aux adultes, ils disposent désormais d’ARV gratuits à l’hôpital national Queen- Elisabeth-II. Là aussi, les médecins ont été spécifiquement formés.
Mais, pour que les Lesothans séropositifs se soignent, encore faut-il qu’ils connaissent leur statut sérologique : une réalité dans seulement 5 % des cas. Les modèles internationaux de campagnes d’information sur le dépistage se sont révélés peu efficaces dans les pays en développement. Les populations, notamment rurales, ont peu accès aux messages et ne sont pas enclines à effectuer de longues distances pour se faire tester. Ce sera donc aux équipes médicales d’aller vers elles. Près de quatre mille travailleurs sociaux se rendront dans les villages pour annoncer la visite prochaine d’une équipe formée au dépistage et signifier l’aspect volontaire du test. Des comités villageois ou régionaux seront créés afin d’assurer le suivi en termes de prévention et de traitements.