Décès du « père de la nation »

Écrit par Moulay

Le père de l’indépendance de Djibouti est mort le 21 novembre, à l’âge de 90 ans. Ancien infirmier devenu parlementaire sous la IVe République française, Hassan Gouled Aptidon fut un militant de la première heure de l’autonomie, puis de l’émancipation de la Côte française des Somalis (CFS). Il fut aussi le premier à vouloir dépasser les clivages entre Issas et Afars, les deux principales ethnies djiboutiennes.
La puissance coloniale jouant de ces divisions, les relations vont vite s’envenimer. En 1957, il perd son siège de député. Il revient au Palais-Bourbon et, en 1961, présente un projet de loi accordant à la CFS un statut d’autonomie. Le projet est jugé irrecevable et son auteur exclu. Deux ans plus tard, il est membre de l’Assemblée locale. Ministre en 1963, il démissionne pour être « libre de voter contre le projet d’autonomie » proposé par de Gaulle. Il se consacre à la création du premier parti interracial, alors que la France joue la carte des Afars contre les Somalis (Issas, Issaks, etc.). Il parvient à convaincre les élites des différents groupes de rejoindre son Mouvement populaire, qui, en 1974, devient la Ligue populaire africaine. Son programme : l’indépendance.
Le 27 juin 1977, Gouled Aptidon devient le premier président de la République de Djibouti. Deux dictateurs dominent à l’époque la Corne de l’Afrique : le Somalien Siad Barré et l’Éthiopien Mengistu Haïlé Mariam, l’un et l’autre disposés à faire main basse sur leur voisin. Gouled Aptidon se bat pied à pied et s’impose en tant que partenaire.
En vingt ans, il ne connaîtra qu’un seul échec majeur : la tentative de sédition afar déclenchée, en 1991, par son ancien lieutenant Ahmed Dini. Ses multiples tentatives de pacification resteront vaines, et c’est son successeur, Ismaïl Omar Guelleh, qui, en 2001, réussira à conclure la paix. Deux ans auparavant, Hassan Gouled Aptidon avait en effet choisi de renoncer volontairement au pouvoir.