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Macky Sall peut-il rebondir ?

Écrit par Cheikh Yérim Seck

Démis de ses fonctions le 9 novembre, l’ancien président de l’Assemblée nationale veut continuer à faire de la politique. Après avoir démissionné avec fracas du PDS et de tous ses postes électifs, il tente de rassembler les autres exclus du système Wade.

Après un bras de fer de plus d’un an, Macky Sall a fini par tirer sa révérence. Il a démissionné du Parti démocratique sénégalais (PDS, au pouvoir) et renoncé à tous ses mandats électifs. L’ancien protégé du président Wade n’est plus ni député ni maire de Fatick. Pas même conseiller municipal de cette localité dont il est originaire. Quelques heures avant l’annonce de sa démission, il a subi l’ultime estocade : être débarqué du perchoir de l’Assemblée nationale le 9 novembre à la suite de l’adoption d’une résolution à la majorité des députés de sa propre famille politique. « Je suis triste pour la démocratie sénégalaise, dont l’image a été ternie par un banal règlement de comptes politique, confie-t-il. J’ai été déçu de voir des députés céder aux injonctions d’un parti au détriment de leur mandat de représentants du peuple. » Pour Babacar Gaye, directeur du cabinet politique de Wade et porte-parole du PDS, l’ex-président de l’Assemblée « est tombé dans son propre piège. Wade lui a tout donné, il a même pensé à lui pour assurer sa succession. Et finalement, Macky Sall s’est retourné contre le président et son parti. Le PDS n’a fait que servir de bouclier à son leader trahi. »
Comme J.A. l’avait écrit (voir le n° 2490 du 28 septembre 2008), Macky Sall, tombé en disgrâce, attendait la fin de la procédure le destituant de son poste de président de l’Assemblée pour renoncer à tous les mandats qu’il a acquis sous la bannière du PDS. Sa démission du parti, la seule véritable surprise, n’était pas prévue dans son schéma de riposte initial. Cet ancien ministre de l’Intérieur, qui gardait toujours un œil sur les instances dirigeantes du PDS, a découvert un piège dans lequel il a refusé de tomber. Le comité de discipline du PDS, dont il n’a pas déféré à la convocation du 24 septembre dernier, envisageait non pas de l’exclure mais de le suspendre pendant un an. Une mise au placard destinée à geler ses activités militantes au PDS tout en l’empêchant de mener, comme il l’entend et avec qui il l’entend, sa carrière politique.
Son départ marque une nouvelle page de l’histoire mouvementée du PDS. Dans l’intimité de son palais, le chef de l’État, Abdoulaye Wade, s’est confié, le 11 novembre, à des membres du groupe parlementaire « libéral et démocratique ». Selon l’un d’entre eux, il a lancé, dépité : « Au lendemain de l’élection présidentielle de février 2007, j’ai dit à Macky Sall, devant témoin, que je pensais à lui pour me remplacer le moment venu. Il n’a pas tardé à me décevoir, à cause d’un mauvais entourage qui l’a poussé à me défier. Dommage… »
S’il s’est attelé jusqu’à la dernière minute à colmater les brèches, le désormais ex-maire de Fatick a compris que la rupture était consommée à la mi-septembre 2008, quand Wade l’a pris à partie : « Il paraît que vous venez de Fatick. Qu’est-ce que vous faites dans cette localité où pas même une mouche ne vous a accueilli ? Vous vous trompez en pensant que ce sont trois pelés et deux tondus de Fatick et du Fouta qui vous éliront à la tête du Sénégal. »
 
Accepter la rupture

Macky Sall a répondu courtoisement en expliquant avoir lui-même demandé qu’il n’y ait pas de mobilisation populaire lors de son déplacement dans son fief. Il n’empêche. Celui qui était encore président de l’Assemblée s’est radicalisé à l’issue de cet entretien.
Au khalife général des Mourides, Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké, comme au chef de l’Église catholique, Mgr Théodore Adrien Sarr, qui lui ont proposé de tenter une nouvelle médiation entre Wade et lui, il a opposé un refus poli. Selon l’un de ses proches, il leur a invariablement répété : « Même si le chef de l’État vous fait des promesses, il ne les tiendra pas. Il est l’otage des radicaux de son entourage qui lui intiment l’ordre de me liquider. Je ne veux pas que vous soyez mêlés à une médiation qui échoue. Le Sénégal a besoin que vous gardiez toute votre autorité morale. »
Résolu à l’idée de la rupture, Macky Sall a commencé à prendre langue, par le biais de l’ex-secrétaire général à la présidence Alioune Badara Cissé, avec Idrissa Seck, son prédécesseur à la primature, tombé lui aussi en disgrâce avant d’être emprisonné et exclu du PDS. Il s’est aussi rapproché d’Aminata Tall, récemment contrainte de démissionner de son poste de secrétaire générale de la Fédération nationale des femmes du PDS, et d’autres membres historiques du parti présidentiel exclus des sphères de décision par les « transhumants » (ex-dignitaires socialistes qui ont rejoint le PDS après l’alternance de 2000) et autres nouveaux arrivants. Reste à savoir quelle sera sa marge de manœuvre en dehors du parti. Pour éviter l’humiliation d’une expulsion, il a quitté fin octobre la résidence de fonction du président de l’Assemblée nationale pour une maison qu’il a louée dans le quartier de Fann Résidence. Puis il a installé dans sa villa du quartier de Sacré-Cœur III un bureau de coordination de ses activités politiques, mais aussi le siège d’un cabinet de consulting en cours de création.
Mais il n’en a pas pour autant terminé avec la politique, comme il l’a signifié aux Sénégalais le 9 novembre : « Je vous invite, mes chers compatriotes, autour de nouvelles convergences qui nous porteront vers un retour à nos espérances. » Joignant le geste à la parole, il a mis en place, le même jour, un directoire conduit par Alioune Badara Cissé, et chargé de créer un nouveau cadre politique. Va-t-il rallier à sa future formation les 22 députés qui ont voté contre la résolution le destituant ? Rien n’est moins sûr : l’un d’entre eux, Amadou Ciré Sall, s’est rendu le 11 novembre au palais. D’autres, comme Wack Ly, député de Nioro, qui a pris langue avec Babacar Gaye, directeur du cabinet politique de Wade, pourraient suivre son exemple et rentrer dans les rangs.