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Un Malien dans la guerre des ondes

Écrit par Pierre-François Naudé

Parti d’un vidéoclub il y a vingt ans, cet entrepreneur dirige depuis Bamako Africable, une chaîne de télévision à vocation panafricaine qui affiche une croissance de plus de 15 % par an.

Quand il vient à Paris pour affaires, Ismaïla Sidibé descend à l’hôtel Ibis et prend le métro. Souriant, facile d’accès et portant aussi bien le costume – sobre – que le boubou coloré, ce Malien de 47 ans a fondé, en 2000, Africable, l’une des rares chaînes de télévision à vocation panafricaine avec la franco-africaine 3A Télésud. « Nous émettons sur les réseaux câblés et les relais hertziens de treize pays francophones. Grâce au satellite, Africable peut être regardée partout en Afrique, en Europe, au Moyen-Orient, se félicite Sidibé. Et sur Internet depuis cette année. »
Sa société emploie 53 salariés et réalise son chiffre d’affaires à 45 % grâce à la publicité, le reste provenant des sponsors institutionnels qui financent la retransmission d’événements politiques (30 %) et des services à valeur ajoutée (25 %), notamment les SMS lors d’émissions comme Case Sanga, la Star Academy ouest-africaine. En croissance annuelle supérieure à 15 % depuis 2004, le chiffre d’affaires devrait atteindre 2,5 milliards de F CFA (3,58 millions d’euros) l’année prochaine. À moins que le lancement des chaînes concurrentes Africa 24, du producteur camerounais Constant Nemale (fondateur de 3A Télésud), et Africa Vox, du banquier Paul Fokam – lui aussi camerounais – ne lui fassent de l’ombre. Sidibé reste serein : « Le vrai combat se joue dans les réglementations nationales – notamment pour les autorisations d’émission – et dans la production de contenus. Des domaines où nous avons plusieurs années d’avance », affirme le PDG.
Bamakois d’origine et autodidacte – il a terminé ses études après le lycée -, l’homme a démarré à 25 ans par la création d’un vidéoclub à Abidjan, en 1986. Passionné de technique, il dépanne les installations de ses clients puis s’intéresse à la transmission par satellite. Installateur de paraboles en 1987, il revient à Bamako trois ans plus tard pour créer Mali Audiovision. En 1992, il fonde Multicanal pour accompagner l’émergence du réseau de diffusion MMDS (la capacité du câble, sans le coût de la parabole), participe à l’implantation de TV5, puis de Canal Horizons, dont il commercialise le bouquet à partir de 1996. Le succès de la chaîne marocaine 2M a sur lui un effet décisif : « L’engouement incroyable que suscitaient ses séries et ses talk-shows m’a convaincu qu’il y avait un vrai besoin pour une chaîne montrant des Africains aux Africains. »
Avec des opérateurs togolais, béninois, djiboutien et français, il lance Africable en 2000. Dépourvue de l’autorisation d’émettre depuis Bamako et installée dans les locaux parisiens de RFO, elle périclite au bout d’un an. En 2004, après deux ans de travail, il relance enfin la diffusion d’Africable, en clair, grâce à un emprunt de 1 million d’euros auprès d’Ecobank. Depuis, les productions d’émissions populaires se multiplient au fur et à mesure que la chaîne grandit et peut investir. « Partie de peu, c’est une self-made télévision », plaisante Sidibé. Une télévision à son image.

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