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Paul Yao-N’Dré, la dernière carte de Gbagbo

La nomination de Yao-N'Dré inquiète les adversaires de Gbagbo pour la présidentielle © AFP

En nommant son ancien ministre de l’Intérieur au Conseil constitutionnel, le président ivoirien reprend la main sur le processus électoral. Et inquiète ses adversaires.

« Depuis le samedi 8 août, Yanon Yapo n’est plus le président du Conseil constitutionnel. Il a été remplacé par un homme beaucoup plus lige, plus militant, et plus dévoué à la cause du chef de la Refondation, le professeur Paul Yao-N’Dré. (…) Ce dernier pourra-t-il regarder les Ivoiriens droit dans les yeux et déclarer que Gbagbo a perdu les élections ? Même dans son sommeil le plus profond, sa bouche ne pourra prononcer pareille sentence. Il ne faut pas rêver. »

Cette tirade du « Nouveau Réveil », l’organe du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de Henri Konan Bédié, illustre toute la suspicion suscitée par la nomination de Yao-N’Dré, agrégé de droit et de science politique, à la tête de la juridiction qui doit examiner l’éligibilité des candidats à la présidentielle du 29 novembre prochain, trancher, le cas échéant, le contentieux électoral, et proclamer les résultats du scrutin.

Ancien ministre de l’Intérieur de Laurent Gbagbo, élu député de Hiré puis président du Conseil régional de Divo sous les couleurs du Front Populaire Ivoirien (FPI) et, enfin, secrétaire national chargé de la justice et des droits de l’homme à la direction du parti au pouvoir en Côte d’Ivoire, le nouveau promu est plus qu’un simple professeur de droit.

Réputé proche de la Première dame Simone Gbagbo, donc de la ligne dure du camp présidentiel, il est perçu par l’opposition comme celui qui ne reculerait devant rien pour faire gagner le leader de son parti. Les proches d’Alassane Ouattara, le président du Rassemblement des Républicains (RDR), l’ont bien compris et se sont empressés de prendre attache auprès du médiateur Blaise Compaoré.

S’ils ne le disent pas tout haut, ils sont convaincus que Yao-N’Dré est même capable de déclarer leur candidat inéligible, au risque d’embraser à nouveau le pays. Quant à Henri Konan Bédié, il a pris son téléphone pour appeler des chefs d’Etat de la sous-région afin d’alerter sur ce qu’il perçoit comme étant une grave entorse à la neutralité du processus électoral.

Ces nombreuses protestations n’ont pas ébranlé le chef de l’Etat Ivoirien. Tout au plus a-t-il récemment lâché devant l’un de ses amis diplomates d’un pays de la sous-région  : « Pour l’instant, c’est moi qui nomme. Que les opposants attendent de s’asseoir dans le fauteuil présidentiel pour pouvoir exercer ce droit ! »

Il faut dire que, face à un processus qui lui échappe totalement, de l’inscription sur les listes électorales à la centralisation des résultats par la Commission Electorale Indépendante (CEI), Laurent Gbagbo n’avait aucun moyen de contrôler le scrutin du 29 novembre prochain.

Le hasard de la fin du mandat de six ans de Yanon Yapo à la tête du Conseil Constitutionnel lui a donné l’occasion d’abattre une dernière carte. Ce qu’il a fait.

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