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Les évêques africains se réunissent à Rome

Écrit par Christophe Le Bec

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Après le voyage du pape Benoît XVI au Cameroun et en Angola en mars dernier, le second synode africain se tient du 4 au 25 octobre, à Rome, en Italie, sur le thème « réconciliation, justice et paix ». Près de 300 participants sont attendus parmi lesquels l'ensemble des présidents des conférences épiscopales africaines.

En avril 1994, l’Eglise catholique tenait au Vatican un premier synode africain axé sur l’évangélisation et l’inculturation. « Nous terminions à peine le premier synode que les cadavres s’amoncelaient au Rwanda, nous ne pouvions rester insensibles. L’Eglise catholique devait proposer une parole face à ces souffrances », se souvient Mgr Anselme Sanon, archevêque de Bobo-Dioulasso, seconde ville du Burkina. Interpelé par le drame, Jean-Paul II avait souhaité organiser un second synode centré cette fois sur les questions de justice sociale. Une parole d’autant plus attendue que des prêtres étaient impliqués dans les massacres au Rwanda. Pour préparer ce synode, l’Eglise catholique a pu se baser sur les initiatives locales menées par les catholiques en faveur de la paix et de la justice.

La Communauté Sant’Egidio, impliquée notamment au Mozambique, au Libéria et en Côte d’Ivoire, et l’organisation pacifique Pax Christi co-présidée par l’archevêque de Kinshasa Mgr Monsengwo, ont une expérience reconnue de résolution de conflits. Des ONG catholiques comme le réseau Caritas ou le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD) participent à de nombreuses actions humanitaires ou de développement. Les Commissions justice et paix, qui rassemblent clergé et laïcs engagés dans la société, jouent le rôle de vigies de la société civile, comme au Tchad face au manque de transparence financière des revenus pétroliers, au Cameroun contre la corruption ou bien encore au Burundi pour faciliter la réconciliation entre Tutsis et Hutus.

Si théologiens et évêques ont largement participé à la préparation du synode, certains regrettent que les fidèles laïcs « de base » n’aient pas été plus sollicités dans les paroisses comme cela avait été le cas lors du premier synode. Chaque conférence épiscopale a travaillé sur les orientations du Vatican, les lineamenta, puis a fait remonter ses contributions. Le Vatican a ensuite trié, traité puis synthétisé les apports dans le document de travail du synode l’instrumentum laboris.

Critiques sans concessions

« Ce document est un état des lieux lucide et sans langue de bois sur l’Afrique, il est sans complaisance vis-à-vis des dirigeants africains et occidentaux », s’enthousiasme Jean-Claude Petit, directeur du Centre national de la presse catholique en France. On peut y lire : « Certains dirigeants politiques font preuve d’insensibilité aux besoins de leur peuple, poursuivent leurs intérêts personnels, méprisent les notions de bien commun, perdent le sens de l’État et des principes démocratiques, élaborent des politiques tendancieuses, partisanes, clientélistes, ethnocentriste, et fomentent la division pour régner. »

Le document s’attaque aussi aux nouvelles formes d’exploitation de l’Afrique telles que « le fardeau écrasant de la dette, les conditions injustes du commerce, les décharges de produits toxiques et les conditions sévères imposées par des programmes d’ajustement structurel. » Dans leurs débats basés sur l’instrumentum laboris, les 239 « pères synodaux » seront éclairés par les interventions de laïcs comme le Sénégalais et musulman Jacques Diouf qui parlera du thème de l’agriculture ou comme l’ancien Secrétaire général de l’OUA et premier ministre du Togo, Edem Kodjo. Certains regrettent toutefois la trop grande largeur du thème du synode. Pour Mgr Kevin Dowling, évêque de Rustenburg en Afrique du Sud, « le synode devra faire attention à ne pas se disperser et à proposer des mesures concrètes, faute de quoi il n’en restera qu’une belle déclaration d’intentions.»

Prélâts africains critiqués pour leur "docilité"

D’autres, à l’instar du Sud-Africain Mgr Tlhagale auraient souhaité que la question du célibat des prêtres soit abordée, mais cela ne sera sans doute pas le cas, le Vatican souhaitant rester centré sur les questions sociales régionales. Enfin, des catholiques regrettent aussi que le synode n’ait pas eu lieu en Afrique. « Les évêques africains auraient été plus à l’aise chez eux qu’au Vatican » juge Christian Terras, de la revue catholique protestataire Golias, pour qui les prélats africains se montrent souvent dociles devant les instructions romaines car leurs diocèses dépendent financièrement de l’Europe.

La tâche du Croate Mgr Nikola Eterovic, secrétaire général du synode et des trois cardinaux africains qui présideront les débats, le Nigérian Francis Arinzé, le Sud-Africain Wilfrid Napier et le Sénégalais Théodore Sarr ne sera pas donc aisée pour faire émerger des propositions concrètes. Le Burkinabè Mgr Sanon reste cependant confiant « il faut être patient, un synode est une marche lente, mais je veux croire qu’il portera ses fruits. En faisant œuvre de pédagogie il favorisera l’engagement des chrétiens en faveur de la justice sociale. » Reste à voir si l’Eglise catholique réussira à bien communiquer le fruit des discussions du synode…et si les messages seront entendus par les dirigeants catholiques du continent.