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Probo Koala : bataille pour le magot des victimes

Trois ans après, les 30 000 victimes n'ont toujours pas été indemnisées © AFP

La justice ivoirienne doit annoncer aujourd’hui à qui seront versés les 22 milliards de francs CFA destinés à indemniser les victimes des pollutions du Probo Koala. Deux représentants des défenseurs des victimes se disputent la faveur.

Les pollutions du Probo Koala représentaient déjà l’un des plus grands scandales écologiques de ces dernières années. Le dédommagement des victimes pourrait donner lieu, en plus, à un scandale financier.

Après des années de bataille juridique, la multinationale Trafigura – l’affréteur du tanker responsable de l’acheminement des déchets toxiques en 2006 – avait finalement accepté d’indemniser les victimes (au moins 15 morts et des dizaines de milliers de personnes intoxiquées).

22 milliards de CFA gelés

La justice anglaise, saisie pour arbitrer sur le dédommagement des victimes entre Trafigura et le cabinet d’avocats Leigh Day & Company (LD&Co), défenseur des victimes, avait approuvé un accord, le 23 septembre. Quelques 22 milliards de CFA (34 millions d’euros) devaient être versés à LD&Co, chargé ensuite d’indemniser chacune des 30 000 victimes à hauteur de 750 000 CFA (1150 euros) par personne.

Mais l’argent, déposé les comptes de LD&Co à la Société Générale des Banques en Côte d’Ivoire (SGBCI) a été gelé par la justice ivoirienne le 22 octobre, à la suite d’une plainte déposée par l’ivoirien Claude Gohourou.

Originellement à la tête de l’association des victimes de Port-Bouët, Claude Gohourou s’est plus récemment présenté comme le responsable de la Coordination nationale des victimes des déchets toxiques de Côte d’Ivoire (CNVDT-CI), un groupement créé en août dernier, qui prétend représenter les associations de victimes.

Il réclamait le versement des sommes sur le compte de son association, plutôt que sur celui du cabinet LD&Co, dont il a mis en doute la transparence. « L’accord a été signé au nom des victimes, mais sans leur présence, affirme-t-il. De plus le cabinet d’avocat refuse de nous transmettre une copie de cet accord. »

Le cabinet d’avocat s’est de son côté déclaré « inquiet », qualifiant la procédure de Claude Gohourou de tentative de « détournement ».

Bien connu des avocats de LD&Co, Claude Gohourou « faisait partie de ceux qui ont fait du très bon travail dans la bataille contre Trafigura, se souvient Martyn Day, en charge de cette affaire. Mais il y en avait beaucoup d’autres dans son cas », s’empresse-t-il d’ajouter.

Selon lui, la réclamation portée par Claude Gohourou est « une absurdité ». « Son association a été créé il y a quelques semaines seulement ! » peste Martyn Day.

Gohourou versus Leigh Day & Company

Après plus de trois ans, les victimes devaient obtenir une compensation. Leigh Day avait déjà remis des codes secrets de compte aux victimes. Il ne leur restait plus qu’à distribuer les cartes autorisant le retrait. Mais Claude Gohourou soupçonne le cabinet LD&Co d’avoir voulu s’enrichir en choisissant une procédure de versement longue et en profitant, dans l’intervalle, des intérêts.

Tout est maintenant suspendu à la décision du tribunal d’Abidjan. Verdict vendredi 6 novembre dans la journée.

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