1982-1990 : Mandela, les négociations avec le pouvoir blanc

Par Jeune Afrique

Libéré le 11 février 1990, Mandela savoure sa liberté dans les rues de Cape Town, avec sa femme. © Reuters

Tandis qu’en juillet 1988, au stade Wembley de Londres, un concert de rock, avec Harry Bellafonte, Whitney Houston et Stevie Wonder, célébrait son soixante-dixième anniversaire devant 72 000 spectateurs et 200 millions de téléspectateurs, Mandela était alité dans sa cellule de Pollsmoor. Il était menacé de tuberculose. Soigné au Tygerberg Hospital de Stellenbosh, il fut transféré au bout de six semaines à la prison Victor Verster, à une soixantaine de kilomètres au nord du Cap. Il n’était plus logé, cette fois, dans une cellule, mais dans un spacieux bungalow, avec une piscine et un grand jardin.

C’est de là qu’il mena à son terme la négociation entamée en 1987 avec le Parti national. Il n’y eut pas moins de douze rencontres, de 1987 à 1990, entre les deux hommes. Ce fut pour Mandela une épreuve particulièrement délicate. Le 12 juin 1987, le président Pieter Willem Botha avait proclamé l’état d’urgence. En outre, secrètement, Pretoria armait les Zoulous de Mangosuthu Buthelezi, le président de l’lnkatha Freedom Party (IFP) et le favori de Margaret Thatcher, pour qui Mandela était un révolutionnaire communiste. L’objectif était de créer une force paramilitaire dirigée contre l’ANC. Mais parallèlement à ces manifestations de force, notamment sous la pression des États-Unis, Botha commençait à se faire à l’idée qu’il n’avait pas d’autre choix que de négocier avec l’ANC – et de libérer Mandela.

Le moment d’agir

Grâce à ses informateurs, grâce, surtout, à son sens politique, Mandela avait compris que le moment était venu d’agir. Mais lui, qui avait jusqu’ici tout fait dans le consensus, était coupé de ses partenaires de l’ANC et il se trouva dans l’obligation de prendre sa décision seul. L’initiative souleva l’inquiétude de Tambo, lorsqu’il eut vent de négociations secrètes entre Mandela et le pouvoir. Mais il fit confiance à Mandela et persuada les autres leaders d’approuver son action.

Via Willemse, Mandela demanda un rendez-vous à Pieter Botha, lequel envoya Coetsee préparer le terrain. Mais en janvier 1989, Botha eut une attaque. Il fut remplacé à la tête du Parti national par le ministre de l’Éducation, Frederik de Klerk, tout en restant président de la République.

De Klerk et le Parti national remportèrent une courte victoire aux élections générales de septembre 1989. De Klerk comprit qu’il ne pouvait plus reculer. Il lui fallut, cependant, jusqu’au 1er février 1990 pour annoncer au Parlement que son gouvernement avait « pris la décision irrévocable de libérer Mandela sans aucune condition ».

C’est Winnie qui lut à Johannesburg le message de Mandela annonçant sa libération. Et c’est la main dans la main que Winnie et Nelson franchirent les portes de Victor Verster, le 11 février 1990 à 15 heures. Mandela avait 71 ans et venait de passer plus de dix mille jours en prison.

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