accidents de parcours

Écrit par Jean-Dominique
Geslin

Voici la cinquième édition de L’État de l’Afrique, notre hors-série annuel consacré à l’état des lieux politique, économique et social du continent. De la flambée des matières premières aux menaces qui pèsent sur l’environnement en passant par les dérapages de l’inflation et leurs conséquences sur le panier de la ménagère, nous vous proposons, à la lumière des événements survenus au cours des douze mois écoulés, notre décryptage des tendances dominantes que connaît le continent pour mieux esquisser les perspectives qui s’offrent à lui pour les prochaines années. Sans négliger pour autant les sujets de société, de la conquête de la scène musicale africaine par les artistes ivoiriens à l’engouement des jeunes africains pour le « Web 2.0 », l’Internet deuxième génération basé sur l’interactivité, et grâce auquel les usagers africains élargissent leurs réseaux sociaux en se connectant à des sites coopératifs. Nous n’avons pas non plus omis de traiter des évolutions politiques majeures qui ont marqué les pays de la région en l’espace d’une année. Et comme nous l’avions fait dans notre précédente livraison, nous avons établi un palmarès en nous basant sur des critères chiffrés de développement politique, économique et social. Sans chercher à désigner de bons ou de mauvais élèves, nous avons seulement observé les 53 États qui composent cet ensemble géographique, et tenté d’expliquer les progressions des uns et les régressions des autres. Dans cette dernière catégorie, le Tchad, le Kenya et le Zimbabwe constituent, à différents égards, des exemples à ne pas suivre. Au début de février 2008, N’Djamena a encore failli connaître un brutal changement de régime ; et si le régime d’Idriss Déby Itno a réussi à éviter la chute, les causes profondes de la crise, qui ont motivé l’attaque rebelle, sont intactes. À la fin du mois de décembre 2007, à l’issue d’un scrutin présidentiel contesté, le Kenya a lui aussi sombré dans la violence intercommunautaire. Quant au Zimbabwe, il a connu le 29 mars 2008, des élections sous haute tension, qui ont radicalement remis en cause la toute-puissance de Robert Mugabe et de son parti, la Zanu-PF, au pouvoir depuis vingt-huit ans.

Ces dérapages autoritaires, ces accidents de parcours et ces accès de mauvaise gouvernance sont connus de tous, d’autant qu’ils sont abondamment relatés par les médias internationaux. En revanche, la réussite des autres passe le plus souvent inaperçue. Nous avons tous été informés des « progrès démocratiques » enregistrés en Sierra Leone, en Mauritanie ou en Côte d’Ivoire, trois pays qui, après avoir traversé des situations tourmentées, ont connu ou connaissent encore un processus de transition, préalable nécessaire à l’organisation de consultations électorales équitables. Mais qui, parmi nos lecteurs, avaient entendu parler, il y a seulement un mois, du successeur de Festus Mogae à la tête du Botswana ? Le 1er avril 2008, le président sortant a passé le flambeau à son vice-président Ian Khama. Âgé de 55 ans, le nouveau chef de l’État n’est pourtant pas totalement inconnu, puisqu’il est le fils du premier président botswanais, Seretse Khama. Surtout, il est devenu le quatrième chef d’un État qui s’est toujours illustré par des passations de pouvoir pacifiques. En quittant volontairement la tête du pays dix-huit mois avant l’expiration de son mandat, Mogae n’a fait qu’imiter son prédécesseur, Ketumile Masire, qui avait lui aussi tiré sa révérence en 1998 de manière anticipée. Une tradition, donc, pour ce pays dominé par le Parti démocratique botswanais (BDP), qui demeure peu répandue sur le continent. Et un exemple à méditer à l’heure où, de l’autre côté de la frontière, au Zimbabwe, l’avenir restait empreint d’incertitude. À Harare, l’acceptation du verdict des urnes par le président sortant comme par ses adversaires constitue encore une exception qui – malheureusement – confirme la règle.

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