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Au royaume des incantations

Par Jeune Afrique

Le Swaziland se fixe régulièrement d’ambitieux objectifs. Comme celui d’éliminer la pauvreté d’ici à 2020. Les ministres et autres fonctionnaires se félicitent et se congratulent, mais les annonces ne sont jamais suivies d’effets. Depuis des années, le pays vit sur des déclarations du gouvernement ou, plus souvent, du roi, sans jamais prendre aucune mesure.

En 2007, le pays s’est ainsi doté d’une nouvelle politique de la santé, d’un plan pour l’agriculture et d’un autre sur la sécurité alimentaire. Mais aucun moyen n’a été affecté à ces programmes. La dernière de ces déclarations incantatoires émises en 2007 revient au roi Mswati III, qui a affirmé que devait s’achever la dépendance alimentaire. « Le temps est venu de nous débarrasser de notre syndrome de dépendance et de manger notre propre nourriture, cultivée sur nos terres, plutôt que de dépendre de la communauté des donateurs », a expliqué le monarque. Plus de 450 000 habitants (sur le million que compte le royaume) dépendent actuellement de l’aide étrangère.

Alors que l’agriculture emploie 60 % de la population active, la production agricole ne cesse de décroître, notamment à cause de sécheresses récurrentes depuis cinq ans. La récolte de maïs, base de l’alimentation, a été particulièrement catastrophique en 2007 avec à peine 26 000 tonnes (soit le tiers de la moyenne de ces cinq dernières années et 60 % de moins qu’en 2006). Jusqu’en 2000, la production annuelle de maïs dépassait pourtant les 100 000 tonnes.

La mauvaise pluviométrie n’est pas la seule responsable. Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que les techniques de production sont devenues archaïques, tandis que les sols s’appauvrissent par manque d’entretien. Le PAM souligne également l’impact croissant du sida.

Le Swaziland est le pays le plus touché au monde avec un taux de contamination de 33 %. La mortalité infantile est en hausse, et l’espérance de vie n’est plus que de 41 ans. Le sida a des conséquences sur tous les services sociaux, qui manquent de personnel alors qu’ils sont de plus en plus sollicités. Le nombre d’orphelins est ainsi estimé à quelque 70 000 enfants et ce chiffre devrait doubler dans les cinq prochaines années. Selon le dernier recensement national, qui n’a pas encore été entériné par le gouvernement, la population du Swaziland a diminué de plus de 17 000 personnes entre 1997 et 2007.

L’économie est en déclin, avec un taux de croissance annuel d’à peine 2 % en moyenne sur les cinq dernières années. Malgré une meilleure performance attendue en 2008, avec 2,8 % de croissance, la qualité de vie des Swazis ne cesse de se dégrader. Le pays génère très peu de revenus, surtout depuis que sa petite industrie textile et sa production de canne à sucre ont été oblitérées par les accords commerciaux internationaux, notamment le démantèlement de l’Accord multifibre et la fin des quotas sur le textile chinois, mais aussi le régime préférentiel accordé au sucre des pays ACP par l’Union européenne.

Si bien que les investisseurs étrangers ont déserté le pays. Ceux-ci préfèrent, au Swaziland miné par la corruption et la pauvreté, l’Afrique du Sud ou le Mozambique, qui affiche une croissance impressionnante. Aucune réforme politique n’est attendue et la nouvelle Constitution, mise en application depuis bientôt deux ans, n’a rien changé au fonctionnement des institutions. Le roi gouverne toujours par décret et concentre tous les pouvoirs. L’opposition n’a toujours pas d’existence légale.

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