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Des « généraux » sans étoile et plein d’ambition

Écrit par Fabienne Pompey et Baudelaire Mieu

Trois secrétaires généraux ont marqué l’histoire de la Côte d’Ivoire : Martial Ahipeaud, Guillaume Soro et, enfin, Charles Blé Goudé. Tous ont mené des combats, pour la démocratie, pour l’école, pour satisfaire leur mentor ou leurs ambitions personnelles. Tous les trois ont été des tribuns et des chefs respectés, à défaut d’être toujours respectables. Ils ont tous les trois fait de la prison. Ils ont été considérés à l’époque par Amnesty International comme « des prisonniers de conscience ». Mais les comparaisons s’arrêtent là. Les trois anciens SG suivent aujourd’hui des chemins bien divergents.

Ahipeaud (1990-1993), dit « le Patriarche », veut se présenter à la présidentielle. Membre fondateur de la Fesci, il a milité pour le multipartisme. Aujourd’hui, il estime que le mouvement estudiantin a ouvert la voie à la démocratie. Père de trois enfants, enseignant à l’université de Bouaké, il jure la main sur le cœur que la Fesci de cette époque n’était pas un jouet du FPI, mais bien une entité indépendante.

L’actuel Premier ministre et leader de l’ex-rébellion, Guillaume Soro, dit « le Che » (1995-1998), prend la direction de la Fesci après l’instauration du multipartisme. Mais la succession d’Houphouët, décédé en 1993, a ouvert une période de luttes intestines qui marqueront longtemps le pays. Sous Soro, la Fesci reste très active, organisant des manifestations, des grèves et des meetings, mais ses activités restent peu ou prou dans le cadre des revendications académiques. À cette époque, le syndicat est officiellement dissous et agit clandestinement. Soro, exilé en Grande-Bretagne comme beaucoup de ses camardes (dont Ahipeaud), ne reviendra au pays qu’après le renversement brutal de Bédié en décembre 1999. On le retrouve en 2002 à la tête de la rébellion contre le régime de Gbagbo.

Le vrai fidèle du FPI et du couple présidentiel, Simone et Laurent Gbagbo, est « le général » Blé Goudé (1998-2003), surnommé « Zouzou Wôwô » (le bouillonnant), « le génie du Kpô », du nom de sa région. Quand il prend en charge une Fesci déchirée entre pro-Gbagbo et pro-Ouattara, le président du RDR, les règlements de comptes se font à la machette. La Fesci se transforme en bras armé du régime et étend son contrôle sur l’université. Blé quitte ensuite le syndicalisme pour prendre la tête du mouvement des Jeunes patriotes. Aujourd’hui, retiré dans le business, il se fait discret, mais reste prêt à intervenir si ses « parrains » avaient besoin de lui.

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