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Ali Lamine Zeine : « Tous les revenus miniers sont réinvestis »

Par Jeune Afrique

Parmi les pays les plus dynamiques d’Afrique en 2008, avec 9,5 % de croissance, le Niger est rattrapé par la crise. Il mise sur l’investissement pour soutenir l’activité.

Propos recueillis par Marianne Meunier et Jean-Michel Meyer

Jeune Afrique : La crise mondiale a été le sujet central des assemblées du FMI et de la Banque mondiale, auxquelles vous venez d’assister. Comment le Niger y réagit-il ?

Ali Lamine Zeine : Tout a commencé en 2008, avec la crise alimentaire. À l’époque, nous avons pris un ensemble de mesures budgétaires. Des produits de consommation courante ont été défiscalisés, ce qui a maintenu un niveau de prix compatible avec les revenus des citoyens. Au total, plus de 22 milliards de F CFA [34 millions d’euros, NDLR] ont été dépensés en 2008 pour faire face à la flambée des prix. Ensuite, il y a eu la crise financière. Elle n’affecte pas directement les pays de l’UEMOA mais, sur le plan économique, c’est autre chose. L’aide représente environ 40 % du budget de l’État, et nous savons bien que les bailleurs s’emploieront à régler leurs propres problèmes plutôt que d’envoyer de l’aide à l’extérieur. 

Le FMI table sur une croissance du PIB de 3 % pour le Niger en 2009, loin des 9,5 % de 2008. Comment maintiendrez-vous le budget à l’équilibre tout en stimulant l’économie ?

Le budget 2009 est bouclé. Il sera à l’équilibre. Nous ne ressentirons les effets de la crise qu’en 2010. Pour cette année, nous avons versé dans le budget l’intégralité des revenus miniers, soit 300 millions de dollars. Sur un budget de 735 milliards de F CFA, nous investirons 475 milliards, notamment dans les mines et les infrastructures. Tous les revenus des mines sont réinvestis. 

En 2007, le gouvernement a annoncé les premiers barils de pétrole pour 2009-2010. Le calendrier sera-t-il respecté ?

Le contrat que nous avons signé avec notre partenaire chinois [China National Oil and Gas Exploration and Development Corporation, NDLR] est en cours d’exécution. Je suis confiant, le délai sera tenu. Les premiers barils seront remplis avant fin 2010, au rythme de 20 000 par jour pour commencer. 

Début 2008, Areva a accepté le doublement du prix de l’uranium. Comment en êtes-vous arrivés là ?

Le Niger a fait entendre la nécessité de revoir l’accord. Nous mesurons l’importance de l’uranium pour un pays comme la France. Nous savons aussi très bien ce que représentent les ressources financières qui en sont tirées pour un pays qui se bat comme le Niger. Nous avons donc voulu poser les jalons d’une coopération bâtie sur le concept « gagnant-gagnant ». La visite du président français Nicolas Sarkozy à Niamey [fin mars dernier, NDLR] a sanctionné ces efforts. 

Le nouveau tarif s’appliquera-t-il aussi à l’uranium extrait d’Imouraren, l’exploitation inaugurée le 4 mai ?

Oui, ce contrat a aussi permis de revoir le prix du kilo. On l’estime aujourd’hui à 55 000 F CFA. Mais l’exploitation d’Imouraren, qui représente un investissement de 1,6 milliard d’euros, est également pourvoyeuse d’emplois puisqu’elle permettra le recrutement de 3 000 personnes. Mais il faut néanmoins préciser que l’élevage et l’agriculture sont les principales richesses du Niger, assurant 25 % des revenus de l’État. 

Allez-vous diversifier vos partenaires, notamment dans le pétrole ?

Plus qu’une volonté, c’est un fait avéré. Mettre en compétition plusieurs partenaires présente des avantages pour un pays qui veut sortir de sa situation de faiblesse. Quand le Niger a voulu réviser les contrats d’exploitation des mines d’uranium, certains ont dit que le pays défiait la France. Mais c’est moins une attitude de défiance qu’une nécessité.

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