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Ouagadougou, an 2025

Par Jeune Afrique

L'avenue Kwame-Nkumah, en plein centre-ville © Yempabou Ahmed Ouoba pour Jeune Afrique

La capitale change. Pour passer à la vitesse supérieure et anticiper son essor, elle se met désormais à l’heure du « Grand Ouaga ».

Vue du ciel, Ouagadougou paraît sans frontière. Étirée à l’extrême, elle se confond avec l’ocre de la terre aride sur laquelle elle a vu le jour, au XIe siècle, sous le nom de Kombemtinga (« la terre des guerriers ») puis de Wogodogo (« là où on reçoit des honneurs, le respect », en moré), avant de devenir capitale de l’empire des Mossi, au XVe siècle.

La capitale burkinabè est en effet l’une des plus étirées d’Afrique : vingt-cinq kilomètres d’est en ouest et une trentaine du nord au sud, de rares immeubles de plus de quatre niveaux et une foultitude de maisons, comme des milliers de cubes, qui se succèdent à l’infini, sans cohérence apparente.

Cette topologie devrait radicalement changer, 2009 étant une année charnière pour Ouaga car, d’ici à décembre, le Schéma directeur d’aménagement du Grand Ouaga, le Sdago, sera approuvé en Conseil des ministres puis soumis à l’approbation de l’Assemblée nationale.

 

Une croissance raisonnée

Logements, disponibilité en services sanitaires et sociaux, écoles, voiries, transports, routes, ressources en eau, gestion des déchets et, plus globalement, vie dans la cité… ce schéma doit préparer la première ville du pays à relever les nombreux défis auxquels elle sera confrontée à l’horizon 2025. Un réaménagement imposé par l’accroissement démographique et l’extension inhérente à l’habitat spontané : la capitale ne comptait que 110 000 habitants en 1972, 500 000 en 1984, 1,4 million actuellement. En 2025, sa population atteindra 4,7 millions d’âmes. « Les problèmes seront insurmontables si nous n’agissons pas dès aujourd’hui », explique Vincent Dabilgou, ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme. L’idée d’un Grand Ouaga n’est pas nouvelle. Lancé dans les années 1990, le Schéma d’aménagement de la banlieue de Ouagadougou (Sabo) reposait sur la mise en valeur d’une dizaine de villages répartis dans un rayon de 25 kilomètres autour de la ville. « À l’époque, explique Vincent Dabilgou, il s’agissait d’attirer les populations dans ces villages-centres pour freiner l’exode rural. » Ces territoires seront finalement rattachés à un projet plus ambitieux, le Schéma stratégique d’aménagement du territoire Grand Ouaga (Satgo), prélude au Sdago. Ce dernier, approuvé en 1999, a nécessité plusieurs modifications en raison de son ampleur, et sa version finale n’a été bouclée qu’en avril dernier. L’approbation imminente de ce document de plusieurs centaines de pages permettra donc à la capitale burkinabè de préparer son avenir. Plus de 500 milliards de F CFA (762 millions d’euros) d’investissements y seront consacrés. « Cela nous permettra de rattraper notre retard, la ville n’ayant pas été mise en valeur au cours de son histoire… Nous sommes encore loin de ce qu’a réussi Dakar », précise le ministre de l’Urbanisme.

L’idée maîtresse du Sdago est de juguler l’extension de l’agglomération par l’absorption des communes riveraines, tout en densifiant les espaces existants. La superficie globale de l’agglomération est de 520 km2, comprenant la ville proprement dite ainsi que la zone rurale et les dix-sept villages qui lui sont rattachés. Le Grand Ouaga (GO) englobera, à terme, l’actuelle commune urbaine ainsi que les sept communes rurales que sont Koubri, Komsilga, Tanghin-Dassouri, Pabré, Saaba, Komki-Ipala et Loumbila, dans la région du Plateau.

Le découpage en arrondissements passera de cinq actuellement (Baskuy, Bogodogo, Boulmiougou, Nongr-Massom, Sig-Noghin) à douze. Le projet, qui bénéficie d’une nouvelle loi sur la promotion immobilière impliquant le secteur privé, table sur le développement de nouveaux sites et infrastructures (logements sociaux, centres d’affaires, espaces verts, transports collectifs, routes, échangeurs…), ainsi que de plusieurs zones d’activités diverses (ZAD) dédiées aux professionnels. « Certaines seront réservées aux mécaniciens, aux ferrailleurs et aux éleveurs. D’autres aux vendeurs d’automobiles », explique Yacouba Traoré, responsable de la Direction de l’urbanisme à la mairie de Ouagadougou.

 

 Grâce à sa brigade verte, la capitale burkinabé est l'une des plus propres du continentGrâce à sa brigade verte, la capitale burkinabé est l'une des plus propres du continent

Sur la route de la modernité

Parallèlement, l’État encouragera la maximalisation de l’espace de la ville actuelle. Depuis 1995, date de l’arrivée à la tête de la municipalité de Simon Compaoré (voir p. 75), la ville a récupéré 205 423 parcelles inoccupées et le plan d’occupation des sols (POS) prévoit la construction d’immeubles plus élevés de type R + 7 (rez-de-chaussée + 7 étages)  – notamment au sein de la Zone d’activités commerciales et administratives (Zaca), futur poumon économique de la ville – et une réhabilitation des anciens quartiers de Ouagadougou.

Compte tenu de son ampleur, le Sdago sera piloté par l’État, via une Commission régionale de l’urbanisme et de la construction du centre (Crucc). Mais la commune continuera d’occuper un rôle central, puisqu’elle représentera à elle seule 82 % de la superficie du Grand Ouaga. L’action de la municipalité préfigure donc ce que sera la gestion de la capitale sahélienne, qui n’a déjà plus rien de commun avec ce qu’elle était il y a quinze ans. Malgré les problèmes récurrents, comme les épidémies qui frappent chaque année à sa porte, celle qu’Albert Londres appelait « la ville de la lune […] sur la route de rien du tout » a gagné en maturité et en visibilité. En même temps que son budget global s’est accru, passant de 1,8 milliard de F CFA (2,6 millions d’euros) en 1994 à plus de 16 milliards de F CFA en 2009. Et le Sdago sera une étape clé dans la poursuite de sa modernisation.

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