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Simon Compaoré : « Je gère cette ville sans aucun état d’âme »

Par Jeune Afrique

Simon Compaoré, ministre de la Sécurité. © Yempabou Ahmed Ouoba pour Jeune Afrique

À la tête de la mairie depuis 1995, l’édile revient sur ses priorités et ses méthodes de travail.

Jeune Afrique : Avec ses maisons de plain-pied, Ouagadougou est une ville très plate. Faut-il la verticaliser ?

Simon Compaoré : En 2030, il y aura cinq millions d’habitants. D’où la nécessité d’avoir plus d’immeubles. Nous devons densifier le tissu urbain pour rationaliser l’utilisation des infra­structures et de l’espace car, d’est en ouest, la ville s’étend déjà sur 30 kilomètres – deux fois plus que Paris –, ce qui coûte extrêmement cher en extension de réseaux, notamment d’électricité et d’eau.

 

Comment l’approvisionnement en eau sera-t-il géré et est-ce compatible avec la multiplication des espaces verts ?

Grâce au barrage de Ziga, les besoins de la ville seront satisfaits jusqu’en 2030. Mais, avant de chercher d’autres ressources, commençons par mieux utiliser celles qui existent en sensibilisant les populations. En outre, nous multiplions les retenues afin de collecter le maximum d’eau de pluie.

Quant aux espaces verts, c’était l’inquiétude lors de mon premier mandat. Tout le monde reconnaît aujourd’hui leur apport. La convivialité et le plaisir de vivre en ville ne doivent plus être uniquement des valeurs occidentales.

 

Un tramway est-il réaliste ?

Nous en mûrissons très sérieusement l’idée. En 2025, nous serons confrontés à de très gros problèmes de transport, dont on sent déjà les premiers signes. Si le nombre de véhicules à moteurs continue de croître, Ouaga deviendra Lagos. D’où l’idée du tramway. À l’inverse des bus, il a l’avantage d’être économique et écologique. Il peut transporter un maximum de personnes avec un minimum de dégâts environnementaux. Ce n’est pas de la folie de penser qu’une capitale africaine puisse être dotée de ce type de transport.

 

Il y a quelques mois, la décision de fermer des maisons closes vous a valu de nombreuses critiques. N’est-ce pas encourager la prostitution sauvage ?

Je gère cette ville sans aucun état d’âme. Nous avons attribué des parcelles à usage d’habitation à des gens qui les ont transformées pour y abriter un commerce peu recommandable. Ils détournent les habitations de leur vocation, alors que nombre de citoyens cherchent à se loger, parfois depuis des années.

Je ne vais pas me triturer bien longtemps les méninges pour agir : je refuse de donner des autorisations pour la construction de bicoques qui accueillent des femmes dans des conditions telles qu’elles encouragent la propagation du sida. Nous avons fermé ces parcelles. Des gens les ont rouvertes. Eh bien nous les refermerons, en présence d’un huissier, et nous irons plus loin, si nécessaire, en les confisquant à leurs propriétaires.

 

Certains Ouagalais se disent choqués par le luxe de certains quartiers, comme celui de Ouaga 2000. Que leur répondez-vous ?

Connaissez-vous une seule ville qui ne soit habitée que par des pauvres ou qui ne soit faite que de bidonvilles ? De la Chine aux États-Unis, en passant par l’Océanie et l’Europe, toutes les villes sont, par essence, composites. Ouaga n’échappe pas à la règle. Ce que Ouaga 2000 (voir pp. 80-81) apporte est inestimable tant du point de vue économique que de l’image qu’il renvoie de la ville, et lui permet désormais d’accueillir des invités de marque et des rencontres internationales. Ce qui était impossible il y a dix ans. 

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