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Parti présidentiel cherche candidat

Orphelin de son fondateur, le mouvement présidentiel doit choisir son représentant pour la prochaine élection. Ali Bongo Ondimba semble avoir pris une longueur d’avance, mais ses rivaux sont nombreux et puissants.

Ali Bongo Ondimba, qui est pour l’instant le seul candidat qui ne cache pas son jeu, a quelques atouts dans sa manche. Il tient la Défense nationale, où il s’appuie notamment sur Abel Sougou, commandant de la Gendarmerie nationale. Il a aussi des hommes de confiance dans le parti au pouvoir : le président de l’Assemblée nationale, Guy Nzouba Ndama, et le secrétaire général du PDG, Faustin Boukoubi. Dans le gouvernement sortant, il compte encore sur François Engongah Owono, ministre d’État en charge du Travail. Enfin, la présidente de la Cour constitutionnelle, Marie Madeleine Mborantsuo, et le nouveau président du Sénat, Léonard Andjembé, lui seraient bienveillants.

 

Personnage réservé

Le problème est qu’Ali n’est pas un animal politique comme le fut son père. Réservé, voire timide, il ne fait pas chavirer les foules. Surtout, il ne parle pas téké. Lors de la campagne pour les législatives de 1996, à Bongoville, il a été mis en difficulté par une rivale du parti du Rassemblement national des Bûcherons (RNB) qui tenait meeting exclusivement en langue locale. Pour lui sauver la mise, son père a demandé à Paul Mba Abessole, fraîchement rallié au régime, de calmer les ardeurs de sa candidate. Treize ans après, le problème demeure. Le jour des obsèques à Libreville, dans la foule massée aux abords de la tribune du Bord de mer, beaucoup disaient « Ali, c’est impossible », ajoutant aussitôt : « Le Gabon n’est pas une monarchie. »

Point fort ou point faible ? Ali a beaucoup d’alliés, mais ils ne sont pas tous d’une fidélité absolue. « Ali est pris en otage par les Nzébis [un des quatre grands groupes ethniques du pays dont sont issus Nzouba Ndama et Boukoubi, NDLR] », dénonce un cadre du PDG. Sous-entendu : les « amis » nzébis pourraient embrasser Ali pour mieux l’étouffer. Du côté des Fangs, le groupe le plus important du pays (plus de 30 % de la population), Ali compte sur son vieux camarade « rénovateur » André Mba Obame, ministre de l’Intérieur dans le gouvernement sortant. Mais les relations entre les deux hommes sont de plus en plus délicates. Leurs entourages respectifs ne démentent pas qu’ils sont en froid. En fait, dans le premier cercle autour du fils aîné du défunt, deux courants se dessinent. Ceux qui croient que leur champion peut gagner la prochaine présidentielle « à la régulière » avec l’aide de la machine de l’État et de gros moyens financiers, comme du temps d’OBO. Et ceux qui doutent des qualités de tribun d’Ali et qui sont tentés par un passage en force, avec l’aide de l’armée.

Face à ce probable candidat, un nom revient dans toutes les conversations à Libreville. C’est celui du général Idriss Ngari, son oncle et pire ennemi. Depuis qu’Ali l’a évincé du ministère de la Défense en 1999, les deux hommes sont irréconciliables. Et le général exclut de voir le fils d’OBO accéder à la présidence. Autour du natif de Ngouoni gravitent des officiers supérieurs comme le général à la retraite et ex-commandant de la Garde républicaine André Oyini, le chef des renseignements Michel Andjambé, directeur général de la Documentation et de l’immigration (DGDI), et le commandant en chef de la police, le général Claude Langouba. Le camp Ngari est à l’affût, guettant le moindre faux pas de ses adversaires. Si jamais les partisans d’Ali font un coup de force, ceux du général organiseront immédiatement une riposte.

 

Catégorie Poids lourds

Chez les civils, il faut compter avec quelques poids lourds. « Surveillez de près Casimir Oyé Mba », confie un proche collaborateur du président défunt. Ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, ce Fang a un excellent carnet d’adresses dans toute l’Afrique centrale. Depuis vingt ans, l’ancien gouverneur de la BEAC est un homme politique incontournable à Libreville. Autres personnages clés : Faustin Boukoubi, secrétaire général du PDG, Jean Eyeghe Ndong, Premier ministre sortant et Guy Nzouba Ndama, président de l’Assemblée nationale. « Plus la transition durera, plus ils seront en mesure de s’affranchir de leurs protecteurs respectifs », lâche un connaisseur du milieu.

Reste la grande inconnue Pascaline. Elle a trois options : y aller elle-même, soutenir son compagnon Paul Toungui, le ministre des Affaires étrangères sortant, ou laisser faire son frère Ali. Visiblement, pour l’instant, elle n’a pas choisi. Mais une chose est sûre, l’ancienne directrice de cabinet d’OBO tient les cordons de la bourse. Difficile de faire campagne sans elle !

En retrait de ce jeu de stratégie, la présidente par intérim Rose Francine Rogombé semble tenue pour quantité négligeable par les états-majors politiques. Ils ont tort. L’ex-présidente du Sénat a refusé de changer de gouvernement avant les obsèques, comme certains le lui proposaient avec insistance. Au fil des jours, elle s’affirme. Avec habileté, l’ancienne protégée de Georges Rawiri se pose en point d’équilibre entre les multiples groupes de pression. Le 16 juin, à la fin du défilé militaire sur le boulevard du Bord-de-Mer, Ali Bongo Ondimba et tous les autres membres du gouvernement sortant ont sagement regagné leurs véhicules. Sans susciter de réaction populaire. Mais quand elle est descendue à son tour de la tribune, la foule l’a acclamée.

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