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Tam-tams et balafons au pays du raï

Par Jeune Afrique

Les lampions du Festival culturel panafricain éteints, une évidence : les habitants de la capitale se sont réapproprié leur africanité.

Il y a longtemps qu’Alger n’avait vécu pareil moment festif. Durant quinze jours, du 5 au 20 juillet, les habitants de la capitale et de sa périphérie, y compris les banlieues ayant la réputation d’être les fiefs imprenables des fondamentalistes en tout genre, ont vibré au rythme des tam-tams et des balafons. Et se sont extasiés sur les prouesses vocales des griots mandingues, les mélopées de la rumba congolaise ou encore le son endiablé du coupé-décalé en vogue sur les bords de la lagune Ébrié.

Mais le Festival culturel panafricain (Panaf), deuxième du nom (la première édition s’est tenue en juillet 1969), ne s’est pas contenté de proposer au public algérois quelque 500 concerts et spectacles de danse. Du cinéma à la bande dessinée, du théâtre au design, et jusqu’à la philatélie, la création africaine a été déclinée sous toutes ses formes et soumise à l’appréciation des initiés comme des profanes. Et forcément, quand on réunit 8 000 festivaliers et 3 millions d’Algérois, auxquels s’ajoutent près de 1 million d’estivants, cela donne quelques rencontres improbables : une fusion entre le nay (sorte d’instrument à vent) des Aurès et les flûtes du Wassoulou, un mariage harmonieux entre le tindi touareg et les envolées d’un solo de guitare électrique exécuté par le Cubain Chico Gonzales. 

Aucun incident sécuritaire

La fête a également été l’occasion de célébrer les grands disparus de la création africaine : Frantz Fanon, Miriam Makeba, Sony Labou Tansi, Ahmadou Kourouma. Les Africains-Américains, de Joséphine Baker et Nina Simone à Harry Belafonte et l’inévitable Michael Jackson, ayant eux aussi leur lot d’hommages. Même le chantre de la négritude, Aimé Césaire, dont la proximité avec Léopold Sédar Senghor lui valut tant de critiques de son vivant, a eu droit de cité à Alger.

Il n’est pas dans la tradition de l’ancienne Mecque des révolutionnaires – appellation de la capitale algérienne durant les années 1960 – que le public accorde une standing ovation à l’évocation du nom du président des États-Unis d’Amérique, incarnation de l’impérialisme. Big Ali, rappeur new-yorkais et compagnon de studio des grandes stars du raï (Khaled, Cheb Bilal ou Mohamed Lamine), a enflammé l’auditoire lors de son concert au Casif, superbe théâtre romain de la station balnéaire de Sidi Fredj. « Si vous aimez ma musique, vous devez aimer mon président, s’est-il exclamé. Applaudissez l’avènement de Barack Obama. » Et le public de s’exécuter avec un « One, two, three, viva Obama ! ».

C’est alors que les festivaliers africains se sont levés et ont entonné le slogan des supporteurs des Fennec (le onze national) : « One, two, three, viva l’Algérie ! »

Les organisateurs du Panaf ont réussi leur pari. Peu de couacs techniques, une couverture médiatique correcte (250 journalistes africains), un très grand succès populaire et, surtout, pas un incident d’ordre sécuritaire. Dans un pays sous état d’urgence depuis près de deux décennies, on n’a enregistré aucun attentat ciblant les artistes ou le public. La performance est peu banale, même si l’événement a mobilisé plus de 10 000 policiers et gendarmes, 1 500 pompiers et autant de bénévoles du Croissant-Rouge.

Cela s’est si bien passé que la quasi-totalité des festivaliers ont demandé à prolonger leur séjour algérois. Une requête difficile à satisfaire. À peine les lampions du Panaf étaient-ils éteints que la culture méditerranéenne prenait le relais avec le festival de Timgad, dans les Aurès. Mais les Algérois se sont réapproprié pour longtemps leur africanité.

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