Fermer

Les révolutions minuscules

© DR

C’est une photo politiquement incorrecte, en ces temps où la chasse est un loisir que l’on ne saurait avouer et encore moins exhiber. Réalisée par un photographe officiel du Palais et exposée avec d’autres dans une galerie de Rabat, elle en dit long, pourtant, sur l’un des changements majeurs dans l’exercice monarchique du pouvoir au Maroc depuis dix ans. Cet homme qui pose en poncho andin devant la dépouille d’un cerf de l’Atlas est bien le roi Mohammed VI. Il a sa sphère privée, ses hobbies, ses heures ouvrables et ses heures réservées, et il entend le faire savoir. Dans le dossier que vous allez lire, vous verrez comment, sur tous les plans – politique, économique, social –, un roi citoyen a peu à peu pris la place d’un monarque absolu de droit divin en privilégiant les révolutions minuscules sur les ruptures-spectacles, sans jamais concéder l’essentiel.

Le Maroc est un royaume, en effet, et il ne sert à rien pour le comprendre de chausser les lunettes de la république. Mohammed VI sait que, lorsque les Marocains ne réagiront plus aux fastes de la bey’a et resteront insensibles à l’aura du Commandeur des croyants, descendant du Prophète, la dynastie s’éteindra. Roi cool, donc, pour reprendre l’expression de notre confrère Tel Quel, « ma non troppo ». Certes, là où Hassan II inspirait la crainte, son fils règne par l’empathie. Mais l’objectif est le même tant il est vrai que, dans une monarchie bien réglée, les sujets sont un peu comme des poissons dans un aquarium : ils se sentent libres et ils auraient du mal à s’imaginer ailleurs.

De tout cela, comme des centaines de médias au Maroc et à travers le monde, nous aurions bien sûr souhaité parler avec ce roi à part et à part entière. Seulement voilà : comme chacun le sait désormais, M6 n’accorde (presque) jamais d’interviews, sans doute parce qu’il préfère le silence à la dissimulation. Nous avons donc demandé à un initié, notre collaborateur Hamid Barrada, Marocain incurable et talentueux, d’effectuer le voyage dans l’au-delà pour recueillir le jugement du père sur le fils (voir pp. 62 à 65). Diagnostic : « il est différent ». Mais encore ? Lisez donc… 

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici