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Cet article est issu du dossier «Dix ans qui ont changé le Maroc»

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Diplomatie

Un roi VRP

M6 et le président équato-guinéen Teodoro Nguema (1er plan) à Malabo en avril 2009 © DR

Mohammed VI a multiplié les voyages en Afrique, poursuivant des objectifs politiques, mais aussi commerciaux, le continent représentant un marché porteur pour les grandes entreprises marocaines.

Le 28 novembre 2008, l’opposant zimbabwéen Morgan Tsvangirai, fraîchement arrivé à Tanger pour recevoir le prix du forum international MEDays, est sommé par les journalistes marocains de se prononcer sur la question du Sahara. Le futur Premier ministre botte en touche en appelant les deux parties au dialogue. La très officielle Maghreb Arabe Presse (MAP) indiquera, quant à elle, qu’il s’est prononcé pour une solution négociée dans « le respect de l’intégrité territoriale du Maroc ».

Un des grands objectifs de la politique africaine du royaume, qui a quitté l’Organisation de l’Unité africaine – devenue depuis l’Union africaine – en 1984 pour dénoncer la reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD, émanation du Front Polisario), est de rallier les États du continent à sa cause. Depuis dix ans, les autorités ont réussi à faire basculer cinq pays de leur côté (Seychelles, Malawi, Liberia, Cap-Vert, Sierra Leone), quand d’autres (Zimbabwe, Botswana, Tanzanie, Ghana, Nigeria) affichent dorénavant une relative neutralité. Il ne reste que huit pays à reconnaître officiellement la RASD, dont les poids lourds algérien et sud-africain. « Nous déployons d’intenses efforts diplomatiques avec la nouvelle équipe du président Zuma. Les discussions sont en bonne voie », indique un diplomate chérifien.

 

Une nouvelle diplomatie

La politique africaine de Mohammed VI ne peut néanmoins pas se résumer à la seule considération territoriale. Depuis son accession au trône, le roi a effectué six grands voyages et visité douze pays, le dernier étant la Guinée équatoriale, en avril. Au cours de ces visites, le monarque signe de nombreux accords de coopération dans les domaines de l’éducation, du tourisme, de l’agriculture, de l’eau, de la recherche, de la santé et de la promotion des investissements.

Le dispositif diplomatique en Afrique, vingt-cinq ambassades, est également en cours d’extension puisque six nouvelles représentations, dont une au Tchad, devraient ouvrir d’ici à la fin 2010. Le Maroc accorde une aide annuelle de 2 à 3 milliards de dirhams (180 à 268 millions d’euros) aux pays du sud du Sahara et apporte un appui ponctuel en cas d’urgence, comme lors de la sécheresse au Niger, en juillet 2005. Avec, pour instrument de mise en œuvre des grands programmes, l’Agence marocaine de coopération internationale (Amci).

Sur le front économique, les échanges entre le royaume et l’Afrique se sont considérablement développés. Ils ont représenté, en valeur, près de 3 milliards de dollars en 2008, contre 533 millions en 1998 (+ 460 %) ; et le commerce est facilité par l’ouverture de vingt-sept liaisons aériennes entre Royal Air Maroc (RAM) et les grandes villes du continent.

Le palais royal appuie notamment le déploiement africain de ses grandes enseignes, dont la RAM, Maroc Télécom ou Attijariwafa Bank. Les groupes publics ne sont pas en reste, notamment l’Office national de l’eau potable (Onep) et l’Office national de l’électricité (ONE), qui exportent leur savoir-faire au sud du Sahara, ainsi que les grands groupes privés de BTP, comme Somagec, Chaabi et Tazi, qui avancent aussi leurs pions sur le continent. Dans leur sillage, des entreprises plus modestes, sur des créneaux très spécialisés, ont commencé à vendre leur expertise sur des marchés jusqu’ici phagocytés par des opérateurs occidentaux. 

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