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Kagamé chez Kabila

Hier, ils étaient ennemis jurés et s’accusaient de leurs malheurs réciproques. S’ils se serraient la main, c’était sous la contrainte et sans un regard. Aujourd’hui, Paul Kagamé et Joseph Kabila s’affichent en alliés. Résolument. Le 6 août, le président rwandais a foulé le sol de la RD Congo : du jamais vu depuis près de dix ans, les voisins ayant rompu leurs relations diplomatiques en août 1998, au lendemain de l’entrée des troupes rwandaises dans l’est de l’ex-Zaïre.

À Goma, la capitale du Nord-Kivu — dans la région ultrasensible et meurtrie de l’Est —, Kabila a accueilli Kagamé en « zone neutre », une bande de terre de 100 mètres de long qui sépare les deux pays. La fanfare de l’armée congolaise, qui avait répété une bonne partie de la nuit, a interprété l’hymne rwandais. Tout un symbole.

Après avoir passé en revue la garde républicaine — encore un symbole —, Kagamé s’est enfermé avec son hôte à l’hôtel Ihusi, au bord du lac Kivu, pour un entretien de deux heures en comité très restreint  : seuls Rosemary Museminari, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, et Raymond Tshibanda, le ministre congolais de la Coopération, qui avaient préparé la rencontre, ont assisté à la discussion.

À son issue, les deux chefs d’État se sont engagés à garantir la sécurité de leurs pays et à éradiquer les groupes armés qui pourraient la mettre en péril. Ils ont ressuscité la Commission mixte Rwanda-RD Congo (en sommeil depuis vingt et un ans), fixant sa prochaine réunion pour octobre prochain, à Kinshasa. Interrogés sur la possibilité de visites réciproques à Kigali et à Kinshasa, ni l’un ni l’autre ne s’y sont opposés. Des efforts ont été promis en vue d’une exploitation commune du méthane du lac Kivu.

Bien sûr, cette nouvelle harmonie n’est pas le résultat des quatre petites heures passées par Paul Kagamé en territoire congolais. Sous la pression internationale — notamment américaine —, les deux pays avaient déjà rétabli leurs relations diplomatiques après avoir, en janvier dernier, lancé une offensive militaire conjointe (baptisée « Umoja Wetu », « notre unité » en swahili) pour mater les rébellions dans l’est de la RD Congo. Une opération qui avait laissé incrédule une partie de l’opinion congolaise, habituée depuis des années à voir dans le Rwanda un « agresseur ». La rencontre du 6 août l’aura-t-elle convaincue ? En tout cas, certains veulent y croire. « Il fait toujours gris à Goma mais, bizarrement, il faisait beau ce jour-là », remarquait un témoin de la rencontre.

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