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Le président se met au régime

Ahmed Abdallah Sambi © Reuters

Par solidarité avec les fonctionnaires, qui attendent toujours le paiement de huit mois d’arriérés de salaire, le chef de l’État Sambi s’impose une alimentation allégée.

L’aveu du président Ahmed Abdallah Sambi a fait l’effet d’une bombe. « Pour tout vous dire, j’ignorais que, depuis janvier 2009, les fonctionnaires comoriens ne sont pas payés », a-t-il déclaré le 17 août, lors de l’ouverture d’un forum économique entre opérateurs comoriens et tanzaniens. Une fois ces paroles prononcées, un silence de mort a parcouru l’assistance, médusée par les propos présidentiels. S’il est vrai que les agents de l’administration publique totalisent à ce jour huit mois d’arriérés de salaires, les Comoriens se demandent comment le président Sambi peut l’ignorer. Paradoxalement, personne ne semble suspecter le chef de l’État de mauvaise foi.

Dans les milieux syndicaux, on pointe du doigt l’entourage du président Sambi, qui lui cacherait sciemment la vérité pour ne pas susciter sa colère, et demeurer bien en cour. « Ils disent juste ce que le chef de l’État a envie d’entendre », explique un enseignant. Selon des sources proches du palais de Beit-Salam, siège de la présidence de la République, les ministres se seraient passé le mot pour ne pas évoquer ce problème d’arriérés de salaires devant le président afin de ne pas remettre en question leurs missions à l’étranger. Et bien que les caisses de l’État soient vides, le chef de la diplomatie comorienne, Ahmed Ben Saïd Jaffar, saute d’un avion à un autre « sans résultats probants » pour le pays, dénonce-t-on à Moroni.

Le chef de l’État, pour sa part, se dit victime de l’omerta gouvernementale. Il a d’ailleurs demandé au vice-­président chargé des Finances, Ikililou Dhoinine, et au trésorier-payeur général (TPG), Abdou Houssein, de reconnaître publiquement lui avoir menti au sujet des arriérés de salaires.

Pour Houmed Mdahoma Msaidié, secrétaire général de la Convention pour le renouveau des Comores (CRC, principal parti d’opposition), il est normal que Sambi ne soit pas au courant de « ces impayés » puisque, selon lui, les ­dépenses de la présidence sont prélevées à la source, sur les recettes des principales sociétés publiques, comme Comores Hydrocarbures, ou encore auprès du service des douanes.

Dans l’archipel, la proclamation des résultats du deuxième groupe de l’examen de baccalauréat, attendue à la ­mi-août, a été suspendue, les enseignants comoriens exigeant le ver­sement de leur traitement du mois de janvier 2009. Ce retard risque d’af­fecter les futurs étudiants comoriens qui désireraient poursuivre leur cursus univer­sitaire à l’étranger.

Depuis qu’il a appris l’ampleur des arriérés de salaires (huit mois), le chef de l’État comorien s’est imposé un régime alimentaire plus strict en signe de solidarité avec ses concitoyens. « Nous ne lui demandons pas d’observer le jeûne avant l’heure, nous lui demandons juste de nous payer », rétorque un respon­sable syndical comorien.

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