De Glasgow à Lagos

Dès la découverte de deux cadavres de femmes excisées post mortem et d’un fétiche vaudou aux abords des lieux du crime, l’inspecteur McNab et l’experte de la police scientifique Rhona MacLeod comprennent que leur enquête va les mener sur des pistes africaines. C’est pourtant à Glasgow, dans la froide Écosse, que Lin Anderson, célèbre auteure de polars, choisit de situer le meurtre autour duquel se noue l’intrigue de Poussière d’ébène. Pour avoir vécu plusieurs années au Nigeria, elle met à profit ses connaissances du vaudou pratiqué dans ce pays pour élaborer un roman policier riche en rebondissements et mener ses enquêteurs jusqu’à Lagos, sur les traces du meurtrier sanguinaire.

Dommage que Poussière d’ébène offre une image pour le moins stéréotypée de l’Afrique. À en croire ce roman, tous les Africains sont malgré eux adeptes de sciences occultes. Pis, ils auraient des capacités sexuelles hors du commun ! Et l’on n’échappe pas, hélas, aux discours lénifiants sur leur sauvagerie lorsqu’ils s’adonnent au crime. Les enquêteurs eux-mêmes sont pétris d’un certain racisme postcolonial et se réjouissent du fait que « le bon vieil Empire britannique » ait laissé quelques traces chez les habitants de Lagos, qui parlent anglais. L’Afrique de l’Ouest, « ce tombeau de l’homme blanc », devient terre de paludisme, de sida, de dictature et de charia, comme si ces fléaux suffisaient à la comprendre.

Difficile de savoir si l’auteure cède à ces préjugés ou si elle les dénonce. Certes, elle fustige la xénophobie qui ronge l’Écosse et ces tabloïds selon lesquels le Royaume-Uni est menacé par le « péril noir de l’immigration ». Mais elle aurait gagné à faire preuve de plus de finesse dans la compréhension des pratiques vaudous ou dans la description de l’Afrique subsaharienne. D’autant que l’intrigue policière finit par manquer terriblement de vraisemblance.