Cellou : la métamorphose

Par Jeune Afrique

Cellou Dalein Diallo à Dakar, le 22 mai © AFP

En quelques mois, l’ancien du régime Conté est devenu chef de file de l’opposition. Paradoxalement, il doit en partie cette promotion à son principal adversaire, Dadis Camara.

Le chef de la junte a mis une telle énergie à harceler, intimider, brimer Cellou Dalein Diallo qu’il en a fait un héros. Plus Dadis s’en prend à lui, plus sa cote monte. Ainsi, le 13 septembre, une foule énorme (entre 60 000 et 100 000 personnes, selon les sources) s’est massée pour l’accueillir aux abords de l’aéroport Gbessia de Conakry et le long de la route menant au siège de son parti, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). Un accueil populaire sans précédent pour un retour au pays après un voyage en France et au Sénégal. Du jamais-vu. Celui que Dadis venait de traiter de « fuyard » a démontré qu’il fallait désormais compter avec lui.

Pourtant, depuis le putsch du 23 décembre 2008, le capitaine Moussa Dadis Camara n’a pas ménagé ses efforts pour le discréditer et l’intimider. Quelques jours à peine après la mort de Lansana Conté et la prise de pouvoir par la junte, le 1er janvier 2009, Cellou Dalein Diallo était victime à son domicile d’une descente musclée de militaires à la recherche « d’armes et de rebelles ». Le lendemain, notamment après des réactions indignées de la communauté internationale, il recevait des excuses officielles du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), encore préoccupé par son image à l’extérieur.

Par la suite, les attaques verbales de Dadis à son encontre se sont multipliées. En février, il a lancé des audits pour éplucher la gestion des anciens ministres de Lansana Conté. L’objectif du chef de la junte était d’empêcher les « opposants aux mains sales restés au gouvernement pendant plus de dix ans » de briguer la présidence. Cellou Dalein Diallo était évidemment visé mais, jusqu’à présent, les investigations n’ont rien révélé de compromettant. De 1996 à 2004, ce dernier a occupé plusieurs portefeuilles ministériels avant de devenir Premier ministre, de 2004 à 2006. Auparavant, il avait été directeur général de la Banque centrale de Guinée. 

Une volonté de l’anéantir

« Si j’ai eu le courage d’entrer en politique et d’afficher mes ambitions déjà du vivant de Conté, c’est parce que je n’ai rien à me reprocher », se défend cet économiste formé en Guinée, en France et aux États-Unis. L’image qu’il avait, un temps, de « prédateur de l’économie », héritée de sa collaboration avec le défunt président, s’effrite.

Sa confiance en lui, sa résistance aux pressions ont rassuré beaucoup de ses compatriotes, même dans les provinces reculées. En juin, il a été accueilli par des milliers de sympathisants en Haute-Guinée et en région forestière. « Cela prouve que mon parti n’est pas ethnique et que les Peuls ne sont pas les seuls à me soutenir », explique cet enfant du Fouta, issu d’une grande famille maraboutique peule.

Encore une fois, la junte avait essayé de l’impressionner, et sa tournée avait été brutalement interrompue par l’armée arguant d’une interdiction de mener des activités politiques. Cet incident, perçu comme une injustice et une preuve supplémentaire de la volonté du CNDD de l’anéantir, a suscité un nouvel élan de solidarité. Le 23 août, il a été le premier homme politique d’envergure à afficher publiquement son opposition à la candidature du capitaine Dadis à la présidentielle. Vue comme un acte de courage, son audace a séduit. Elle lui a tout de même coûté une énième convocation au camp Alpha-Yaya-Diallo. Pendant que son épouse essuyait la colère de Dadis au téléphone. « Je vous prends à témoin. Si quelque chose arrive à votre mari, c’est vous et vos enfants qui en souffrirez », a menacé l’homme fort de Conakry.

Depuis le coup d’État, Cellou Dalein Diallo a le même discours et dit « ne rien avoir contre Dadis ». « Je lui demande de tenir ses engagements, à savoir l’organisation d’élections libres auxquelles il ne participera pas », déclare-t-il. Malgré la guerre qu’il livre au leader de l’UFDG, en coulisses, Dadis fait des pieds et des mains pour gagner son soutien. Dans la perspective de sa candidature, il lui a même demandé en août de se retirer de la course en échange d’un poste de Premier ministre après sa propre victoire. L’offre, bien entendu, a été rejetée.

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici