Incarner l’unité nationale

Comment remettre les Gabonais au travail après plusieurs semaines de deuil national et de tensions électorales ? Comment faire oublier, ou tout au moins comment dépasser, les profondes crispations qui ont jalonné cette délicate période de transition ?

Le défi est ardu pour le nouveau président, qui va devoir rassurer et rassembler au-delà de ses partisans. « Qu’aucun Gabonais ne se sente exclu pour la simple raison que le candidat qu’il a soutenu n’a pas été élu », préconise Georges Mpaga, président d’un réseau d’organisations de la société civile. Mais alors que les opposants dénoncent une « chasse aux sorcières » au sein de l’administration, le climat n’est pas encore à l’apaisement souhaité.

Le nouveau locataire du Palais du bord de mer s’y emploie, malgré tout, à sa façon. Il essaie d’incarner l’unité du pays, à l’instar de son père, mais sans tomber dans le clientélisme qui a terni le « règne » d’OBO. En revanche, le scrutin du 30 août dernier ayant révélé une fracture ethnique, il se garde bien, pour l’instant, de remettre en question la fameuse « géopolitique » des équilibres régionaux.

Les Fangs du Nord et de l’Estuaire, notamment, ont majoritairement voté pour André Mba Obame, tandis que les Punus de la Ngounié, les Myénés de Port-Gentil ont choisi Pierre Mamboundou. Ceux qui réclamaient des nominations sur l’unique critère du mérite devront attendre. Peut-être va-t-on devoir expérimenter une nouvelle formule qui rende compatible représentativité régionale et compétences…

En attendant, le poste de Premier ministre reste dévolu à Paul Biyoghé Mba et donc aux Fangs de la province de l’Estuaire. Le Woleu-Ntem (Nord), lui aussi majoritairement fang, n’est pas oublié. Le secrétaire général de la présidence, François Engongah Owono, en est originaire. Le vaste réaménagement de la haute fonction publique suit la même logique. Et, au sommet de l’État, on retrouve la « configuration géopolitique » inventée par OBO. Le Sénat est revenu aux Myénés du Moyen-Ogooué, représentés par l’ancienne présidente intérimaire Rose Rogombé, tandis que l’Assemblée nationale reste tenue par le Nzebi Guy Nzouba Ndama. Un savant dosage qui permet d’incarner l’unité tout en distillant un peu de rupture.