Tunisie : stabilité payante

Karim Haggui, capitaine des Aigles de Carthage, lors d'un match Tunisie-Nigeria, le 20 juin dernier © EPA/Corbis

En Afrique du Nord, les Aigles de Carthage font des jaloux. L’Algérie court après son passé, le Maroc se cherche un futur et l’Égypte ne parvient pas à exporter sa puissance continentale sur la scène mondiale. La Tunisie, elle, n’est confrontée qu’à des problèmes de riches. En Angola, au mois de janvier prochain, elle participera à sa neuvième Coupe d’Afrique des Nations consécutive. Et en fonction de son résultat au Mozambique, mais aussi de celui du Nigeria au Kenya, elle pourrait aussi se qualifier pour sa quatrième Coupe du monde d’affilée. 

Passion et raison

Pour ce pays d’un peu plus de 10 millions d’habitants, cette régularité tiendrait presque du miracle permanent. Même si le CV de son équipe nationale se résume à une ligne et à un titre de champion d’Afrique conquis à domicile en 2004, le football tunisien a su s’extirper de l’amateurisme ambiant qui plombe l’Algérie et surtout le Maroc. « La Tunisie a changé il y a un peu plus de quinze ans, quand son championnat est devenu professionnel », note Abdelmajid Chetali, qui avait réussi à qualifier les Aigles pour leur première Coupe du monde, en 1978. « Les clubs tunisiens sont en général bien structurés et forment des joueurs qui ont le niveau pour intégrer la sélection nationale. Actuellement, dans le groupe de Humberto Coelho [le Portugais a succédé à Roger Lemerre en juillet 2008, NDLR], il y a plusieurs joueurs locaux qui évoluent à Sfax, à l’Étoile du Sahel ou au Club africain. Quand on regarde de plus près la sélection, on s’aperçoit qu’il n’y a pas de vraies stars, comme au Cameroun, au Ghana ou en Côte d’Ivoire avec Eto’o, Essien ou Drogba. Il y a de bons joueurs comme Jemaa (Lens), Ben Saada (Nice), Chermiti (Hertha Berlin), Haggui (Bayer Leverkusen) ou Chikhaoui (FC Zurich), mais pas de grands joueurs. Et surtout, on ne change pas de sélectionneur tous les six mois ! »

Et participer tous les quatre ans à la Coupe du monde semble suffire au bonheur du pays. Ce qui pourrait apparaître aux yeux de certains comme un manque d’ambition n’est rien d’autre qu’une évidence pour Abdelmajid Chetali. « Il est tellement difficile de se qualifier pour la Coupe du monde ! Pendant plusieurs mois, tous ceux qui aiment le football oublient les rivalités entre clubs et font bloc derrière la sélection. Les mois qui précèdent le tournoi, puis la phase finale sont vécus comme de grands moments de joie. Il y a un vrai sentiment de fierté. Même la presse est moins critique… » Délestée d’une pression qui serait sans doute trop lourde à assumer, la Tunisie évolue dans un climat presque apaisé, plus passionné que passionnel. « Bien sûr, nous sommes en Afrique, et on peut vite s’enflammer, admet Chetali. Mais en Tunisie, la relation entre l’équipe nationale et son public est plutôt saine… »

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