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De Gucht rejoue à Tintin

Le Belge Karel De Gucht près de Lubumbashi, en février 2006 © BENOIT DOPPAGNE/BENELUXPIX/MAXPPP

Karel de Gucht, le commissaire européen chargé de l'Aide au développement, a été déclaré persona non grata en RD Congo, après avoir vivement mis en cause les autorités du pays devant le parlement européen. Il n'en est pas à son coup d'essai.

L’« affaire » commence le 16 décembre dernier. Ce jour-là, Karel De Gucht, commissaire chargé de l’Aide au développement et de l’Action humanitaire, évoque le cas de la RD Congo devant le Parlement européen. Quel intérêt l’Union européenne (UE) a-t-elle à continuer à verser une aide humanitaire importante à ce pays « si vous n’avez pas en face de vous des interlocuteurs politiques appropriés ? » lance-t-il. La RD Congo, poursuit De Gucht, est un « énorme gâchis, un pays où presque tout est à refaire, à commencer par la reconstruction de l’État, dont l’absence est au cœur du problème ». Il n’en fallait pas plus pour irriter Kinshasa, pourtant déjà habitué aux sorties peu diplomatiques de l’ancien ministre belge des Affaires étrangères. Ce dernier a été déclaré persona non grata en RD Congo, même si l’UE lui apporte son soutien.

La façon cavalière dont De Gucht a toujours parlé aux dirigeants congolais relève-t-elle du racisme, comme l’affirme Alexis Thambwe Mwamba, le ministre des Affaires étrangères ? Ce descendant d’anciens colonisateurs souffre-t-il d’un complexe de supériorité ? Ou est-il simplement un donneur de leçons, sujet à des sautes d’humeur et qui ne s’embarrasse pas de fioritures diplomatiques ? Une chose est sûre : lors d’un voyage en RD Congo, en avril 2008, il avait réussi l’exploit de faire sortir de ses gonds Joseph Kabila en lui déclarant tout de go : « Il y a beaucoup de corrompus autour de vous. » Kinshasa avait alors rappelé son ambassadeur à Bruxelles.

Aujourd’hui, De Gucht se défend de tout paternalisme : « Nous investissons chez vous. Nous avons le droit de vous parler franchement », dit-il aux Congolais. Pour certains observateurs, son langage brutal participe d’une stratégie à usage interne. Il chercherait ainsi à se démarquer de son prédécesseur, le Wallon Louis Michel, qui, lorsqu’il était membre du gouvernement belge, avait beaucoup joué la carte Kabila. À moins que le commissaire européen ne soit l’un des derniers nostalgiques du « Congo de papa », comme disait l’ancien président zaïrois Mobutu Sese Seko, dont les relations avec Bruxelles avaient été émaillées de nombreuses crises.

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