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France-Rwanda : meurtres sur ordonnance

Sosthène Munyemana, un médecin urgentiste rwandais exerçant dans le sud-ouest de la France, a été arrêté le 20 janvier. Le « boucher de Tumba » est soupçonné d'avoir participé au génocide.

C’est officiel : le président français Nicolas Sarkozy se rendra au Rwanda le 26 février. Ce sera le premier voyage d’un chef d’État français depuis le génocide de 1994 et la récente réconciliation entre Paris et Kigali. La veille de l’annonce de cette visite, le 20 janvier, Sosthène Munyemana, un médecin urgentiste rwandais qui exerce dans une clinique de Villeneuve-sur-Lot (sud-ouest de la France), a été arrêté à la suite d’un mandat d’arrêt international délivré par les autorités de son pays.

Le « boucher de Tumba »

Entendu par un magistrat du parquet général de Bordeaux, cet homme de 45 ans est soupçonné d’avoir joué un rôle actif dans le génocide. Après son audition, il a été remis en liberté et placé sous contrôle judiciaire en tant que témoin assisté. « Cette interpellation est une bonne nouvelle, commente Alain Gauthier, président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR). Mais nous ne devons pas nous réjouir trop vite : la France a toujours refusé toute extradition de suspects rwandais vers Kigali. Peut-être la situation va-t-elle changer avec le rétablissement des relations diplomatiques… »

Surnommé le « boucher de Tumba », du nom de son village natal, Munyemana était, en 1994, gynécologue à l’hôpital de l’université de Butare, dans le sud du Rwanda. Il aurait alors achevé des blessés tutsis et participé à des chasses à l’homme – ce qu’il a toujours nié. Établi en France, où le statut de réfugié politique lui a été refusé, Munyemana, qui figure sur la liste des Rwandais recherchés par Interpol, est l’objet d’une plainte déposée en 1995 à Bordeaux, puis en 2001 à Paris par le CPCR et la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH).

15 autres Rwandais dans le collimateur

Quinze autres Rwandais vivant en France font l’objet d’une instruction judiciaire. Certains ont été mis en examen pour des faits liés au génocide, comme le père Wenceslas Munyeshyaka ou l’ancien préfet Laurent Bucyibaruta – qui a même été incarcéré –, mais aucun n’a été extradé. La donne va-t-elle changer, comme l’espèrent les parties civiles ?

Deux juges françaises, Fabienne Pous et Michèle Ganascia, se sont rendues au Rwanda en novembre dernier afin de recueillir des compléments d’information sur les suspects et d’évaluer la possibilité d’une coopération entre les juridictions des deux pays. À moins, comme le suggère Gauthier, que Paris ne rende justice au nom du principe de compétence universelle.

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