Azali remonte au front

Le torchon brûle entre Assoumani Azali et Ahmed Abdallah Sambi, son successeur à la tête de l’Union des Comores. Muet depuis la fin de son mandat il y a près de quatre ans, le colonel est sorti de la réserve qu’il s’était lui-même imposée – « par devoir, par pudeur et parce que mon éducation me le dictait ». Lors d’une conférence de presse, le 12 janvier, il a estimé que l’intention à peine voilée de Sambi de prolonger son mandat sous prétexte d’harmoniser le calendrier de l’élection pourrait avoir des « conséquences fâcheuses » pour le pays.

Azali avait déjà fait part de ses critiques à Sambi en personne lorsqu’ils s’étaient rencontrés au palais présidentiel, le 6 janvier. « Je lui ai dit que la bonne foi affichée par le président de la République […] ne doit pas être interprétée par les Comoriens comme étant une tricherie », avait-il indiqué à la fin de cet entretien.

Le 25 janvier, Azali est allé plus loin en rappelant, sur RFI, que le non-respect des accords de Fomboni – qui, en 2001, ont institué le principe d’une présidence tournante – entraînerait des « risques démesurés et très graves ». Plus qu’un énième coup d’État, Azali craint une nouvelle rébellion séparatiste à Mohéli, à qui doit échoir la présidence cette année. Se faisant plus polémique encore, il a implicitement critiqué le bilan de son successeur. « Ce qu’on n’a pas pu faire pendant quatre ans, je ne vois pas comment on pourra le faire en un an », a-t-il lâché.

Ces sorties ont provoqué la colère du camp Sambi. Le 23 janvier, Fouad Mhadji, le ministre de la Fonction publique, a rétorqué qu’Azali « n’a aucune leçon de démocratie à donner, car il n’est pas lui-même un démocrate », tandis qu’Idi Nadhoim, le vice-président, s’en prenait violemment au colonel. « Nous vous suivons de près ! » l’a-t-il averti. Ni la présidence tournante ni l’autonomie des îles ne sont aujourd’hui remises en cause, a-t-il poursuivi, avant de conclure que « plus démocrate que Sambi, ça n’existe pas ! »

L’opposition, elle, en doute fort. Après avoir été laminée en décembre dernier lors d’élections législatives contestées, elle est persuadée que Sambi cherche à s’éterniser au pouvoir. « C’est un dictateur en puissance, sur le modèle des pays arabes qui lui apportent son soutien », avait accusé Saïd Larifou, du parti Ridja, après le scrutin.

Pour une fois unie, l’opposition, à la tête de laquelle figure la Convention pour le renouveau des Comores (CRC, le parti d’Azali), a tenu un meeting commun à Mohéli, à la fin de janvier, et appelé la communauté internationale à réagir.