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Dahico : le fou du roi vise le trône

Après avoir conquis les foules, l'humoriste se cherche un électorat © AFP

Comme Coluche, son modèle, Adama Dahico compte se présenter à la présidentielle. Une candidature qui est tout sauf une farce.

Au début, il faisait rire. Mais aujourd’hui Adama Dolo, plus connu sous son nom de scène, Adama Dahico, se veut sérieux. Ce candidat inattendu à la prochaine élection présidentielle de Côte d’Ivoire semble même en inquiéter plus d’un, depuis que la Cour constitutionnelle a validé sa candidature.

Il n’amuse guère les partisans d’Henri Konan Bédié et d’Alassane Ouattara. « Son discours est susceptible de séduire leur électorat, donc de leur piquer des voix qui pourraient leur manquer pour atteindre le second tour », analyse Aldjouman, le frère et directeur de cabinet de Dahico.

Au pays, l’homme n’est plus à présenter : c’est une star. Débutant avec Les Experts d’Abidjan, il a percé avec la compagnie Les Rigolos d’Abobo, créée avec des amis.

Paroles d’ivrogne ?

Mais Dahico est aussi une star de la télé – où les séries dans lesquelles il tourne, à commencer par Docteur Boris, font un tabac. Et un maître du doromikan – l’art de la parole d’ivrogne, en langue malinké. « Dans notre société, on ne prête que peu d’importance à ce que dit un ivrogne, même quand il dit la vérité. Mais il n’empêche, le message passe », explique son frère.

Que cherche Dahico en se présentant ? « Il veut montrer qu’aujourd’hui, en Afrique, on n’a pas besoin d’être issu d’une famille noble pour être présiden­tiable », dit Aldjouman. Enfant d’un père ­docker venu du Mali et d’une mère femme de ménage, Dahico a grandi à la dure dans le quartier d’Adjamé. Fils aîné, il n’a eu aucun grand frère pour le défendre et n’a pas honte de dire qu’il faisait la cuisine et la lessive – « j’étais la fille ». Son cadet, archidiplômé, se plaît à raconter comment Dahico a poussé ses frères et sœurs à poursuivre les ­études, lui qui les abandonnées après la seconde, quand il a décidé que le théâtre serait sa vie. Avant la politique…

L’ami de Gbagbo

« L’idée de me présenter me trottait dans la tête depuis longtemps, rappelle-t-il. En 1999, j’ai annoncé que je serais candidat. Cela ne s’est pas fait à cause du coup d’État, mais depuis je fais de l’humour sociopolitique ; je fais donc en quelque sorte de la politique, un peu à la manière de Coluche. »

Coluche, son mentor, disparu à 41 ans, avait voulu se présenter à la présidentielle de 1981 en France, mais avait finalement renoncé. Dahico, lui, ira-t-il au bout ? Il le jure. Certains parmi les partisans des autres candidats pensent qu’il roule pour Laurent Gbagbo et qu’il se désistera au dernier moment. « Comme ça, il se fera rembourser les 20 millions [de F CFA] qu’il a dû trouver pour sa candidature », croit savoir un collaborateur de Gbagbo. Le clan Dahico nie toute collusion. Certes, le président « est un ami » – une photo des deux hommes est affichée dans son bureau, à côté du portrait d’Obama –, mais « réduire sa candidature à cela, c’est continuer à le prendre pour un rigolo », s’irrite Aldjouman.

« J’arrêterai de faire de la politique quand les hommes politiques arrêteront de jouer la comédie », claironne Dahico. Une formule qui, comme d’autres, séduit les électeurs. Volontiers moqueur envers ses ­adversaires, Dahico ne tombe pas pour autant dans les ­travers du populisme. « Si je me ­présente, c’est pour dire que les ­politiques, seuls, ne peuvent pas apporter le développement », explique-t-il. Et à ceux qui continuent de ne pas le ­prendre au sérieux, il répond : « L’humour est le préservatif du sérieux. Avant de faire de l’humour, il faut pouvoir être sérieux. » 

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