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Baradei superstar

Des partisans de Mohamed el-Baradei, venus accueillir leur champion, le 19 février au Caire © Sipa

De retour au pays, où il a été accueilli en homme providentiel, l’ex-directeur général de l’AIEA n’exclut pas de se présenter à l’élection présidentielle de 2011.

Après avoir passé douze ans (1997-2009) à la tête de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed el-Baradei est rentré en Égypte. Accueilli triomphalement, le 19 janvier, à l’aéroport du Caire, par plus de 1 500 partisans, en majorité des jeunes, l’appelant à se porter candidat à la prochaine présidentielle, prévue en septembre 2011, le Prix Nobel de la Paix 2005 apparaît désormais comme « l’homme providentiel ». « Non, pas providentiel, mais j’aimerais être un instrument du changement », a déclaré Baradei à Dream, une chaîne de télévision privée satellitaire. Mais il se garde bien de se déclarer candidat. « Je pourrais, a-t-il dit, me porter candidat à l’élection présidentielle si le peuple égyptien me le demande, même si c’est face au président Moubarak. » Mais à la condition, ajoute-t-il, que la Constitution soit amendée de manière à permettre une élection loyale, libre, contrôlée et ouverte à des candidatures indépendantes, dont la sienne. Cette Constitution est aujourd’hui verrouillée, de sorte qu’aucun candidat ne peut briguer la magistrature suprême s’il n’est soutenu par le parti au pouvoir. Aux termes des amendements de 2005 et 2007, il faut, pour être candidat, être à la tête depuis au moins un an d’un parti légal existant depuis au moins cinq ans et être parrainé par au moins 250 élus. Or les institutions élues sont dominées par le Parti démocratique national (NDP), dirigé par Moubarak et son fils Gamal, candidat putatif à la succession. « Sans révision de la Constitution, la participation aux élections n’a aucun sens », avertit Baradei. « Demander la révision de la Constitution relève du coup d’État », lui a répondu le quotidien Al-Ahram dans une première contre-offensive de la presse progouvernementale. Mais Baradei n’en démord pas. Il estime que, sous la pression populaire, Moubarak pourrait accepter de modifier la Loi fondamentale.

Pendant les trente années qu’il a passées à l’étranger, que ce soit dans la diplomatie égyptienne ou au sein d’organismes de l’ONU, Baradei s’est tenu à distance de la politique. Les Égyptiens ne l’ont découvert qu’en 2003, quand il s’opposa aux va-t-en-guerre de l’administration Bush à propos de l’Irak et de l’Iran. Depuis, il est devenu un motif de fierté pour les Égyptiens. Un « homme neuf », très respecté à l’international et dans son pays, où sa droiture tranche avec les frasques d’une classe dirigeante corrompue et discréditée. Au point que de jeunes blogueurs décident de promouvoir sa candidature à la présidentielle. « Il y a des alternatives en Égypte, et Baradei en est l’exemple. C’est pourquoi nous l’avons choisi », déclarent les leaders du mouvement informel Jeunesse du 6 avril, très actif sur internet et dans la société civile. Au 22 février, ses deux principaux groupes dédiés à Baradei, rien que sur Facebook, totalisaient plus de 100 000 adhérents, soit davantage que pour la grève générale, dont le mouvement avait été le vecteur en 2008.

Du coup, des organisations de la société civile et de l’opposition commencent à voir en Baradei un outsider capable de rallier les partisans du changement. Georges Ishak, coordinateur du mouvement Kifaya (« Assez ! »), qui s’oppose à la prolongation du règne de la famille Moubarak, est aussi l’un des animateurs de la campagne en faveur de Baradei. On y retrouve également les responsables de plusieurs partis d’opposition, légaux ou non, et des écrivains comme Alaa el-Aswani, auteur du best-seller L’Immeuble Yacoubian. Ayman Nour, chef du parti d’opposition Hizb el-Ghad (le Parti de Demain), qui a passé quatre ans en prison, a proposé à Baradei de se présenter à la présidentielle sous les couleurs de son parti, mais celui-ci préfère conserver son étiquette d’indépendant. Patient et méthodique, l’ancien patron des inspecteurs de l’AIEA multiplie pour le moment les concertations avec ses partenaires. Et choisira seul, le moment venu, de descendre – ou non – dans l’arène.

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