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"Cet article est issu du dossier" «Gabon : changement d'ère»

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Les réseaux de la discorde

De la production à l'approvisionnement, les capacités restent insuffisantes © AFRIKIMAGES

Fin décembre, l’État a mis en demeure la Seeg, filiale du français Veolia, d’assurer correctement la distribution d’eau et d’électricité sous peine de dénoncer son contrat.

Cela ressemble à un feuilleton, et le scénario va de rebondissements en claquements de portes. Dernier épisode fin décembre, lorsque le gouvernement annonce un audit approfondi de la concession liant l’État gabonais à la Société d’énergie et d’eau du Gabon (Seeg), filiale du groupe français Veolia Eau chargée d’assurer la gestion du service public d’eau potable et d’électricité. Le concessionnaire est alors sommé de réaliser les aménagements nécessaires pour assurer sa mission.

Comme il est de coutume en matière de cinéma, le trait est délibérément forcé et la dramatisation volontairement accentuée. On serait au bord de la rupture, après douze années d’un partenariat qui s’est pourtant traduit par un doublement du nombre d’abonnés à l’eau et à l’électricité. La presse gabonaise, pas toujours tendre envers cet investisseur étranger, y va de ses commentaires au vitriol. Les griefs sont connus : les délestages. L’accusation, ressassée à l’envi : la Seeg n’investit pas assez pour renforcer les capacités des réseaux d’eau et d’électricité.

Souvent dans ce genre de situation, les chiffres sont d’une aide précieuse pour échapper aux propos volontiers simplistes. Selon la concession de vingt ans signée en 1997, la Seeg doit réaliser au moins 300 milliards de F CFA d’investissements (plus de 457 millions d’euros). À ce jour, 261 milliards ont déjà été investis – notamment sur la centrale thermique d’Owendo –, et un nouveau programme prévoit une enveloppe supplémentaire de près de 596 milliards (908,6 millions d’euros) sur la période 2009-2017.

L’un des autres engagements du concessionnaire portait sur l’extension des dessertes en eau et en électricité. En dix ans, le nombre d’abonnés a augmenté de 115 % pour l’électricité et de 137 % pour l’eau. Plus de 500 km de conduites d’eau ont été posés (+ 46 %), et la puissance installée pour la production électrique est passée de 305 MW en 1996 à 374 MW en 2008. Alors pourquoi ces coupures de courant et ces robinets à sec ?

Le protocole du désaccord

En 2007, la Seeg avait invoqué « la faible pluviométrie » et, d’une certaine façon, avait reconnu être victime de son succès, ne pouvant plus répondre à une demande en constante progression alors que le réseau demeure encore bien souvent obsolète. Conséquence : un protocole d’accord avait été signé, le 21 août, prévoyant notamment une contribution de l’État et une hausse des tarifs.

Remaniement ministériel ou absence de volonté politique ? Ce protocole est resté dans les tiroirs. « Nous avons âprement discuté en 2008 pour obtenir son application. Nous avons même été contraints de proposer de nous retirer le 21 décembre 2008, explique Patrice Fonlladosa, PDG de Veolia Water Afrique, Moyen-Orient, Inde. Les choses ont seulement commencé à se mettre en place en janvier 2009, mais nous avons perdu deux ans. » Avant d’ajouter : « Par définition, Veolia ne peut travailler contre un État, mais le président Ali Bongo Ondimba m’a assuré de sa confiance. »

Reste à attendre cet audit, ainsi que les ajustements sur la concession qui pourraient en découler, pour savoir s’il s’agit d’une brouille passagère ou d’une rupture consommée.

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