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"Cet article est issu du dossier" «La Corée du Nord de l'Afrique»

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« Déstabilisateur régional »

L'ancienne résidence du Négus Haïle Selassié, à Massawa, bombardée en 1990 par l'Ethiopie © Nicolas Guillén

Marginalisation régionale, paranoïa – la peur historique d’une Éthiopie trop forte – et autoritarisme du régime ne cessent de s’alimenter. Condamnée par l’ONU en décembre 2009 pour des activités de « déstabilisation », l’Érythrée facilite le transit d’armes vers les rebelles éthiopiens de l’Ogaden. Les deux pays se livrent également en Somalie à une guerre par procuration. L’Éthiopie appuie le gouvernement transitoire mis en place après avoir renversé les Tribunaux islamiques en 2006. De son côté, l’Érythrée soutient, selon les rapports de l’ONU, « des groupes armés qui sapent les efforts de paix », et héberge une mouvance des Tribunaux désormais nommée… ARS-Asmara.

Plus surprenant, des militaires érythréens ont pris le contrôle de plusieurs postes frontaliers djiboutiens en avril 2008. « Une tentative désespérée de bloquer les personnes voulant fuir », selon un diplomate français. « Déstabiliser la région sert de cache-misère », analyse pour sa part Gérard Prunier, chercheur français au CNRS.

Sur ces tensions dans la Corne se greffent des événements qui résonnent bien au-delà. L’Iran a installé, début 2009, dans le port érythréen d’Assaba trois torpilleurs abritant des missiles de longue portée, et des soldats et des Pasdarans y seraient stationnés. En outre, les États-Unis soupçonnent Asmara – sans preuve jusqu’alors – d’avoir des liens avec Al-Qaïda, via les Shabab somaliens, et avec les rebelles Houthis du Yémen. Répondant aux demandes de l’Union africaine (UA), le Conseil de sécurité de l’ONU a voté en décembre un embargo sur les armes et des sanctions financières à l’encontre de plusieurs personnalités.

Comment, dès lors, sortir le pays de son isolement ? Les Nations unies n’ont pas réussi à garantir la souveraineté de l’Érythrée, en 1962, en laissant l’Éthiopie l’annexer, puis en 2002, en n’obtenant pas d’Addis-Abeba l’application des décisions de la Commission frontalière après la guerre entre 1998 et 2000 qui a coûté la vie à 100 000 personnes. Dans sa logique de repli, l’Érythrée a suspendu sa participation à l’UA et à l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad, organisation est-africaine). Une médiation de la Libye, seul pays à avoir voté contre les sanctions à l’ONU, est évoquée. 

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