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Les journalistes africains doivent être meilleurs que les autres

par Hervé Bourges

Président du Comité permanent de la diversité à France Télévisions

Les toutes prochaines années vont permettre à la presse internet de se développer considérablement sur le continent africain grâce à l’arrivée d’une nouvelle génération de terminaux – les téléphones portables connectés – qui dispenseront leurs propriétaires d’utiliser un ordinateur pour accéder à l’information sur internet. Les spécialistes du développement des réseaux estiment que les futurs internautes se connecteront à la Toile non pas par des ordinateurs, mais via des téléphones portables de troisième génération. Ces téléphones seront de plus en plus disponibles en Afrique à des prix abordables : il ne fait aucun doute que leur usage va révolutionner l’accès à l’information, mais aussi à l’expression, en commençant par les jeunes générations. Dès lors, l’Afrique fera un pas de géant et gommera ce qui subsiste de la fracture numérique.

Il faut faire confiance aux journalistes africains pour tirer le meilleur parti de ces évolutions rapides. En 2000, à Bamako, à l’occasion d’une rencontre internationale sur le développement d’internet, je m’étais entretenu longuement avec le président Alpha Oumar Konaré. Comme son successeur, le président Amadou Toumani Touré, cet homme d’État me paraît résumer les atouts d’une Afrique moderne, authentiquement démocratique, consciente de ses besoins et capable d’y répondre. J’ai noté ses propos, dont voici la substance: « Nos journalistes doivent être meilleurs que sur d’autres continents, plus professionnels, aguerris, responsables. Il ne s’agit pas pour eux d’écrire ou de parler pour leur propre entourage ou pour les seules élites du pays, ils doivent être entendus par toutes les catégories de la population, à des niveaux d’éducation et d’ouverture différents. Informer, éduquer, sans se muer en instruments de propagande, nos médias ont un rôle social essentiel à accomplir : l’information et les programmes qu’ils dispensent ne sont pas neutres, ils doivent contribuer à l’évolution et à l’adaptation citoyenne de nos sociétés. »

Ainsi, les journalistes africains doivent se défaire des différentes tutelles qui les détournent de leur mission : parfois une mainmise du pouvoir sur eux, parfois une connivence trop systématique avec l’opposition. D’autant que cette profession souffre parfois encore de péchés de jeunesse : culture générale approximative, manque de sources d’information fiables, répétitivité, excès de polémiques, pratique du gombo, qui suscitent la méfiance du public. Toutefois, le paysage médiatique général commence à se dessiner. La presse africaine doit jouer son rôle dans le développement économique et l’avènement d’une démocratie solide. Son avenir est à ce prix. Il faut s’attacher à lutter contre les phénomènes d’autocensure ayant cours au sein des médias, problème que nous ne connaissons que trop bien en France, mais que la situation économique et sociale en Afrique rend plus prégnants. Comme je le disais à mes étudiants à Yaoundé: « Ne soyez ni griots serviles ni détracteurs stériles. »

Il faut surtout faire confiance à l’Afrique et aux Africains : de plus en plus informés, de plus en plus connectés, ils défendent de mieux en mieux la liberté de la presse. Au Sénégal, par exemple, en 2004, un vaste mouvement populaire a favorisé la libération de Madiambal Diagne, directeur du Quotidien, journal dakarois. Mais le succès des paraboles, l’écoute des radios internationales et le développement incroyablement rapide de l’utilisation d’internet constituent sans doute la sanction d’une information laissant trop souvent un arrière-goût d’insincérité et d’approximation, tendant ici vers la complaisance, là vers la diffamation… C’est avant tout la marque d’un besoin nouveau d’information internationale et d’ouverture sur le monde. L’Afrique doit prendre sa place dans le concert médiatique international, première marche vers l’universel.

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