Isabelle Ramdoo : « La perte de compétitivité est la rançon du succès »

Isabelle Ramdoo. © Judith den Hollander

Quelles sont les raisons de la réussite de la zone franche de Maurice ? Et pourquoi s'essouffle-t-elle aujourd'hui ?

Chargée de mission à l’European Centre for Development Policy Management (ECDPM), à Maastricht (Pays-Bas), Isabelle Ramdoo a été économiste au ministère mauricien du Développement économique de 2000 à 2006.

Jeune Afrique : Comment expliquez-vous le succès de la zone franche mauricienne ?

Isabelle Ramdoo : Il y a eu un ensemble de facteurs. D’abord l’arrivée, dans les années 1980, d’un gouvernement qui a une vision et une vraie politique industrielle. Ensuite, nous avons saisi l’aubaine qu’offrait l’adoption à cette même époque de l’accord multifibre mettant en place des quotas pour les gros pays exportateurs de textile comme Hong Kong, Taïwan et la Chine, qui, pour contourner ce dispositif, sont allés s’installer dans des zones franches à l’étranger. Les nouveaux dirigeants, qui ont notamment ciblé la filière textile, ont alors mis en place des incitations pour attirer ces investisseurs et ont fait valoir le fait que l’accord ACP-UE de Lomé nous donnait un accès au marché européen, tout comme plus tard l’Agoa aux États-Unis.

Quel a été l’impact de cette stratégie sur l’économie du pays ?

Dans les années 1971, lorsque nous avons essayé les zones franches de substitution aux importations, comme la plupart des pays africains, Maurice comptait neuf usines employant 634 personnes. Quand les nouveaux dirigeants ont mis en place une zone franche d’exportation, nous sommes passés à 113 usines en 1980, avec 21 000 emplois. Ce qui représentait près de 4,6 % du PIB. Et en 2000, lorsque cette politique a atteint son apogée, il y avait 518 usines, plus de 90 000 employés, et la zone franche représentait alors 11,4 % du PIB.

Mais depuis, le succès mauricien s’est essoufflé. Pourquoi ?

Nous avons perdu en compétitivité, c’est l’un des inconvénients du succès de la zone franche, parce qu’avec la diversification et la création de richesse le coût de la main-d’oeuvre s’est accru et nous avons commencé à délocaliser à Madagascar. Ainsi, en 2011, l’île ne comptait plus qu’un peu plus de 300 entreprises, pour près de 56 000 emplois. Il faut ajouter que la zone franche mauricienne n’est jamais vraiment montée en gamme dans la production de textile. Quand nous avons commencé à perdre en compétitivité, nous aurions dû négocier un virage pour aller vers des produits à plus grande valeur ajoutée. À l’image de la Corée du Sud ou de la Chine, qui sont passées du textile à la production d’automobiles.

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