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La reconstruction attend l’élection

© Falonne pour J.A.

Quand Robert Zoellick a posé pour la première fois ses valises à Abidjan, à la fin du mois de janvier, il n’a pu cacher son étonnement. « Ça, c’est un pays qui a connu la guerre ? » a demandé, incrédule, le président de la Banque mondiale aux responsables locaux de l’institution. Oui, M. Zoellick s’attendait à autre chose après une décennie de crise. D’autant qu’il venait directement de Sierra Leone, où les stigmates des affrontements sont encore visibles sur les devantures des boutiques de Freetown.

Quoi qu’on en dise, le conflit ivoirien a fait peu de victimes en regard de crises comme celles qu’ont connues la RD Congo, le Rwanda, le Liberia ou la Sierra Leone. Le coup d’État de décembre 1999, celui à moitié réussi de septembre 2002 et les querelles franco-ivoiriennes de novembre 2004 ont engendré des dégâts matériels importants, les opérateurs économiques ont souffert, mais, pour la plupart, ont tenu bon. Si le pays a traversé une légère période de récession de 2003 à 2005, il a vite retrouvé le chemin de la croissance.

Il le doit avant tout à ses matières premières et à leur exploitation industrielle. La Côte d’Ivoire est toujours le premier producteur mondial de cacao, elle est devenue le deuxième exportateur de noix de cajou et elle a fait son entrée dans le cercle dess producteurs de pétrole. La croissance s’est vite relevée pour atteindre 3,7 % en 2009, avec la perspective de la tenue de l’élection présidentielle et le retour des institutions de Bretton Woods.

Cependant, les émeutes partisanes de février dernier ont fait resurgir les vieux démons du passé et montré que la partie de poker menteur dans laquelle semblent se complaire la plupart des différents acteurs n’est pas terminée. Le Nord est toujours livré aux mains d’ex-rebelles reconvertis en hommes d’affaires très avisés. Dans le Sud, le gouvernement fait l’effet d’une force centrifuge qui ne parvient pas à mener les réformes nécessaires, à réduire la corruption ni à enrayer le racket orchestré par certains porteurs d’uniforme. L’État paie au compte-gouttes ses dettes au privé, oublie d’entretenir ses routes et, tout dernièrement, à force de ne pas renouveler ses équipements, a laissé le pays plongé dans le noir, au gré des délestages. Bref, la reconstruction attend, d’abord, l’élection.

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