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« Bourguiba a été impressionné par le départ de Senghor »

Mahdi Bouguiba, l'un des petits-fils de Habib Bourguiba. © Abdelaziz Barrouhi

A-t-il regretté de s’être accroché trop longtemps au pouvoir et de n’avoir pas suivi l’exemple du président sénégalais, Léopold Sédar Senghor, qui s’est retiré en 1980 pour ouvrir la voie à son Premier ministre, Abdou Diouf ? C’est ce que suggère une confidence que Bourguiba aurait faite à son petit-fils Mahdi, quelques années après sa destitution, en 1987. Nous l’avons rencontré.

Mahdi était l’un des cinq membres de la famille autorisés à rendre visite à tout moment et sans témoins à l’ex-chef de l’État dans sa résidence gardée, à Monastir. Comme il habitait à Sousse, à une vingtaine de kilomètres, c’était plus facile pour lui de s’occuper de son grand-père, Bibi et les autres membres de la famille étant tous à Tunis. Mahdi a consacré une grande partie de son temps à son grand-père, auquel il était très attaché. Il est donc celui qui l’a vu le plus souvent, d’abord dans l’ex-palais présidentiel de Skanès-Monastir, la résidence d’été de Bourguiba, puis dans la résidence du gouverneur de la région, où il a ensuite été transféré. De 1987 à 1989, au moins deux fois par semaine, sauf pendant quelques rares périodes où il a dû voyager, Mahdi se rendait au chevet de Bourguiba pour lui tenir compagnie pendant ses quelques heures de lucidité. Il échangeait avec lui des propos le plus souvent brefs pour ne pas le fatiguer. « Bourguiba a été impressionné par le départ de Senghor, raconte Mahdi dans un entretien exclusif avec Jeune Afrique.

Un jour, c’était en 1990, nous regardions ensemble les nouvelles de la mi-journée sur Antenne 2 (ex-France 2). On y parlait de Diouf. Bourguiba m’a alors dit : “Tu as vu ? Il [Senghor] est parti tout seul !” » Faut-il y voir l’expression du regret de n’être pas sorti lui aussi par la grande porte ? Possible. Mahdi, 51 ans aujourd’hui, n’en dira pas plus.

Quinze ans plus tôt, en 1975, encore lycéen (il était âgé de 16 ans), il avait évoqué avec Bourguiba sa désignation cette année-là comme président à vie. Au lycée, il avait entendu les réactions négatives de ses camarades. Cette présidence à vie soulevait en lui beaucoup de questions. Lors d’une discussion à table avec son grand-père, et avec la témérité de la jeunesse servie par un franc-parler hérité de son propre père, il lui pose la question : « Quand vas-tu quitter le pouvoir ? » Bourguiba lui répond : « Il me reste beaucoup à faire, la Tunisie a encore besoin de moi. »

Un premier accident de santé, en 1969, et des insomnies persistantes avaient déclenché une lutte pour la succession. Bourguiba a cru que, pour tempérer les rivalités, la solution consistait à faire adopter par l’Assemblée nationale une loi constitutionnelle le proclamant président à vie « pour services éminents rendus à la nation » et disposant que, en cas de démission, d’empêchement absolu ou de décès, c’est le Premier ministre en exercice qui lui succéderait pour le reste de son mandat.

Dans un contexte de fin de règne et d’intrigues de palais, les rivalités s’exacerbent pour la conquête du poste de Premier ministre. Hédi Nouira est remplacé par Mohamed Mzali (avril 1980), auquel succède Rachid Sfar (juillet 1986), avant que Zine el-Abidine Ben Ali (octobre 1987) n’écarte le président « pour raisons de santé ».

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